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Pourquoi je ne suis pas devenue instit'


Crédit photo : elle est de moi.

[TW burn out, dépression, chômage, angoisses, maladie]



Finalement, il ne m’aura pas fallu une semaine, ni deux semaines, mais presque deux mois et demi. J’ai déménagé, accumulé de la fatigue, accusé le contre-coup de plusieurs choses…


Enfin. Il est temps de vous expliquer ce qu’il s’est passé après ma dernière suppléance en 2015-2016. Ça traîne, ça traîne, il y a des choses dont je n’ai jamais vraiment parlé, sauf à des personnes très proches.


Nous sommes en juillet 2016. Je viens de sortir de la pizzeria où nous avons mangé tous ensemble entre collègues, pour fêter les vacances. Pourtant, à aucun moment, la directrice ne m’a proposé de reparler de façon formelle de mon bilan en tant que suppléante (en fait, à chaque fin de suppléance, læ directeurice dresse un bilan et remplit une fiche, dont une copie est envoyée au diocèse. Ils se basent dessus en partie pour reproposer des suppléances par la suite). La fiche, son avis, je n’en ai jamais vu la couleur, et je pense que ça ne doit pas être bien brillant. Me casser du sucre sur le dos, elle a dû y aller.


Les vacances se passent. Je suis très fatiguée, j’ai même des soucis de santé qui se pointent. Septembre arrive, pas d’appel du diocèse pour faire une suppléance. Octobre, je vais chez le médecin parce que je n’en peux plus. En plus de ce burn-out que j’ai pourtant tenté de combattre jusqu’au bout, il y a aussi deux autres choses qui m’ont bien mise par terre :


- Ma mère est en train de vivre la même chose que moi, mais à cause de la hiérarchie de son travail. Par la suite, ça a fini en rupture conventionnelle, qu’elle s’est battue pour avoir ; aujourd’hui, elle et moi travaillons dans la même boîte, elle toujours en tant qu’aide-soignante, moi en tant qu’aide à domicile.


- J’ai appris que je souffre d’endométriose, diagnostic confirmé par la suite. Là, ça a été une énorme claque dans la gueule.


Revenons à octobre. Le médecin me met sous anti-dépresseurs. Mes crises d’angoisse, mes pleurs mettent de longs mois avant de s’apaiser. Je ne suis plus capable de rien, je culpabilise encore d’avoir été « une merde » pendant ma dernière suppléance – alors que, clairement, je ne l’ai pas été, j’ai juste vécu du harcèlement et je n’ai pas été soutenue, ou trop tard –, je vois ma mère plonger sans rien pouvoir faire. Je suis au chômage, cette situation va durer deux longues années, avec un essai en intérim pitoyable pour être hôtesse de caisse.


Deux ans à me dire que de toute façon, je ne suis bonne à rien. Deux ans à me dire que je suis une Tanguy, une fille incapable de vivre seule, d’être en couple, tout ça parce que je suis chez maman et que je suis trop « chiante » pour réussir à tenir une relation (pas amoureuse, compagnon trop demandeur, je suis possiblement asexuelle, bref, toujours quelque chose qui ne va pas). Par rapport à ça, mon demi-frère de vingt-quatre ans me voit comme une assistée. Autant dire que ça ne m’a pas aidée du tout. Les remarques de certaines personnes de mon entourage non plus.


Vous pourriez dire que je n’avais qu’à m’en foutre. Vous pourriez dire que je n’avais qu’à me sortir les doigts du cul. Vous pourriez dire tant de choses, mais voilà, la vie, ce n’est pas binaire. Ce n’est pas blanc ou noir. Aujourd’hui, je vais sur mes trente-deux ans, je vis toujours avec ma mère même si je suis devenue propriétaire avec elle. J’ai un CDI obtenu à la sueur de mon front alors que, pourtant, je n’ai pas le permis ! Oui, je suis aide à domicile et je me débrouille sans véhicule, le choc ! Je ne suis PAS une Tanguy. Depuis que je perçois de l’argent (d’abord avec ma bourse du CROUS quand j’étais à la fac, puis mon salaire), j’ai TOUJOURS participé aux frais. J’ai TOUJOURS fait ma part aussi (ménage, cuisine, courses…), même quand je suis tombée au RSA avant d’être embauchée en tant qu’aide à domicile.


Aujourd’hui, je commence seulement à ne plus avoir honte de ma situation, à vraiment me dire avec sincérité que je ne vaux pas moins que quelqu’un d’autre. Je n’ai pas de mec, je n’ai pas de gosses, mais je m’épanouis autrement. Je ne reste pas fermée à une vie de couple, mais ce n’est pas ma priorité (en plus, cette pression que l’on met sur les femmes à se caser et à faire des gosses m’a toujours dérangée. Comme si elles ne pouvaient rien faire d’autre, ne pas envisager leur vie autrement…)


Je me suis réfugiée dans l’écriture, la peinture et le chant. Bon, je vous avoue aujourd’hui que je suis fâchée (de nouveau) avec le chant. Pourtant, c’est mon art premier à la base.


Cet article devient du grand n’importe quoi, j’ai complètement dérivé du sujet. Revenons donc à mes deux ans d’errance, sur le pourquoi j’ai décidé de tout envoyer promener, de poursuivre dans une autre voie que le professorat, même si l’assistante sociale de la CAF me demande encore de persévérer lors de mon rendez-vous avec elle en 2018, parce que « c’est dommage que je me réfugie dans un boulot si mal payé » (je dois passer mon entretien d’embauche pour devenir aide à domicile quelques jours après).


Je ne suis pas devenue institutrice alors que, pourtant, j’adorais faire ça. J’ai tout laissé tomber alors que j’en avais (peut-être ?) les capacités, que j’avais adoré mes autres suppléances. Oui, mais j’ai pris conscience de plusieurs choses :


- Déjà, même si mes trois ans de suppléance dans diverses écoles privées m’ont beaucoup apporté – bien plus que mon stage filé dans deux écoles publiques quand j’étais en Master 2 –, plus ça allait, moins je me reconnaissais dans la façon d’enseigner d’aujourd’hui, les programmes scolaires, les classes toujours plus nombreuses, le manque d’outils pour aider les élèves soit trop faibles, soit étant trop en avance par rapport aux autres… Le soutien des collègues de manière générale m’a aidée, mais ça ne suffit pas, nous en sommes tous conscients.


- Alors que je faisais le même boulot que mes collègues titulaires, j’étais payée moins, mais en plus… eh bien, il fallait que je décroche ce foutu CRPE, alors que j’avais le master ! Concours que je ne suis jamais arrivée à avoir… Les deux dernières années où je l’ai tenté, je me suis plantée aux oraux, qui sont complètement déconnectés de la réalité du terrain. On m’a quand même asséné que ce que je proposais n’était pas « réaliste » (alors que, hein, bref.). J’étais capable de faire classe, j’étais à l’aise devant les élèves de manière générale, sauf à certains moments où je manquais d’autorité, maiiiiis… je ne m’en suis pas si mal sortie.


- Après avoir décroché le concours, vous êtes envoyæ au dernier moment dans n’importe quelle école de la région où vous êtes, connaissez votre affectation le plus souvent au dernier moment – c’est génial pour trouver un logement et déménager ensuite, hein… Pendant un an, vous n’êtes même pas instit’, mais stagiaire ! Cette année-là vous sert à avoir ou non votre titularisation. Si vous ne validez pas votre année, vous n’avez plus qu’à tout recommencer (concours). Si par chance, vous arrivez enfin à être titulaire, vous êtes bourlinguæ d’école en école les premières années. Durant toute votre carrière, régulièrement, des inspecteurices se pointent dans votre classe pour juger et noter votre travail. Selon ce « classement », vous pouvez être affectæ à telle école ou à telle autre, être considéréæ comme une personne enseignante bonne, médiocre, mauvaise... Bref. C’est pire pour les profs du secondaire, parce qu’eux peuvent se retrouver à l’autre bout de la France, haha (concours national)… Oh, et les premières années, vous n’avez pas le droit de changer d’académie pour enseigner, sauf cas spéciaux – je ne rentre pas dans les détails. Les écoles manquent de profs, et de moins en moins de personnes veulent se consacrer à ce métier… on comprend pourquoi. Pour toutes ces raisons, j’ai fini par baisser les bras.


- Le harcèlement, la discrimination dont j’ai été victime lors de ma dernière suppléance, le burn-out que j’ai fait ensuite… Je ne vous fais pas de dessin.

Voilà, vous savez tout. Ou du moins, l’essentiel. Je ne regrette pas mes choix et, souvent, ça m’énerve qu’on me dise « Oh, mais tu aurais dû continuer ! », « Tu fais un boulot mal payé », « Tu mérites mieux »… Quand je persistais à tenter de décrocher ce fichu concours, on me disait « Tu devrais te réorienter », « Il va falloir que tu te mettes vraiment à bosser et quitter la maison pour vivre ta vie »… Donc peu importe les choix que je fais, ce n’est jamais bien ? Mettez-vous à ma place cinq minutes. Faut savoir ce que vous voulez et, surtout, c’est quand même moi qui décide, non ? Je ne vis pas ma vie pour vous.


Non, aujourd’hui, on n’obtient pas un boulot d’un claquement de doigts. Non, un diplôme ne garantit rien. Non, je ne suis pas née avec une cuillère en argent dans la bouche ni avec papa et maman derrière moi pour me payer mes études, ou me trouver une place dans leur entreprise. Parce que c’est comme ça que ça marche pour avoir un job bien payé et enviable, aujourd’hui, la plupart du temps.


Respectez mes choix. Respectez mon parcours, je ne juge pas le vôtre. La vie m’a bien cassée déjà (famille dysfonctionnelle, père violent envers ma mère avant qu’elle ne se sépare de lui à mes deux ans, puis absent par la suite, sauf pour obtenir ma garde pour tout sauf vraiment s’occuper de moi, beau-père pervers narcissique, place de « pièce rapportée » parmi la fratrie, scolarité ponctuée par du harcèlement, attouchements sexuels de la part de « grands » comme beaucoup de femmes avant moi… je continue ?), je me bats même si certaines personnes estiment que je ne sais pas ce qu’est « la vraie vie » alors même qu’elles ne connaissent rien de moi, ne savent rien de mon passé. Je ne suis pas une princesse qui voit la vie en rose et qui se la joue bisounours, et raconter mon passé pour le justifier et m’entendre dire que « ce n’est rien, y a pire » me met hors de moi.


Merci de m’avoir lue, et désolée si mes propos sont décousus.