Mes écrits, entre rêves et traumas




Crédit image : la peinture est de moi



[TW & CW : traumatismes, PTSD, violence, violences psychologiques, anxiété, peur, tristesse, idées noires, idées suicidaires, dépression, harcèlement, chantage, psychophobie, mentions de termes racistes, homophobes, sexuels/sexisme, violences médicales – pas de ma part, mais de ceux que je dénonce –, abandon, manipulation, dérives sectaires, perversion narcissique, cauchemars, violence verbale, nourriture.]

Si j’en ai oublié, merci de ne pas m’en vouloir, de ne pas m’attraper par le col. De manière générale, cet article va rompre avec ma ligne éditoriale sur pas mal d’aspects. Je vais parler de moi, d’une partie de ma vie. Je vais être obligée de rester vague de façon à ne pas être poursuivie pour diffamation, et j’avoue que j’ai envie de hurler et de pleurer.

Parce que je vais raconter des faits que je ne peux pas prouver, mais qui sont vrais. Comme quoi, la loi protège les bourreaux.

Si vous ne souhaitez pas être mal à l’aise, malade, etc., ne lisez pas. Si vous pensez que je fais ça pour le bad buzz, pour attirer l’attention, partez, vraiment. Si vous pensez qu’il ne faut pas étaler ce genre de choses sur les RS, je vais vous décevoir, parce que je vais vous montrer aussi un aspect de moi qui n’est pas beau, qui n’est pas gentil.

Je peux paraître passive-agressive rien que dans ce paragraphe, j’en suis désolée, ce n’est pas voulu. Je me bats entre hurler ma légitimité à souffrir et me taire, quitte à me faire encore plus mal.


Cette lettre ouverte sera très longue. 15000 mots environ. Je ne vous encourage pas à lire si la taille est trop conséquente pour vous, surtout que ce seront 15000 mots très durs.

Avertissement n°2 : une grosse partie de cet article est écrit avec :

- Le procédé de l’écriture automatique. Cela a été le seul moyen de tout retranscrire sans faire (trop) de crises en plein milieu, et aussi de faire appel à des épisodes de ma vie où il y a toujours du « brouillard ». Vous comprendrez plus loin.

- J’ai aussi relu mes journaux intimes.

- Des souvenirs ont ressurgi petit à petit, rajoutés au fur et à mesure de l’article.

Maintenant, commençons.

L’on dit que pour guérir certains maux, il faut du temps, de la patience, des moyens de les exorciser.

Les coucher sur papier ne suffit pas.

Se confier à certaines personnes peut aider, mais il arrive un moment où l’on doit aller plus loin.


Dans cet article, je vais revenir sur une période de ma vie très longue. De mes sept ans à mes vingt ans, j’ai subi des violences psychologiques.


Comme je n’ai été ni battue, ni violée, ni torturée, je me suis dit que ce n’était rien.


Comme j’ai été aimée par ma mère, mes proches, mes amis, je me suis dit que je n’avais rien vécu d’horrible.


Quand je pleurais, quand je plongeais, je me flagellais. « Pourquoi faire ta malheureuse ? Pourquoi te plaindre ? Pourquoi tu le fais exprès, enfin ? »


Au bout d’un moment, je participais moi aussi à me descendre encore plus bas vers les Ténèbres. Il faut dire aussi que j’entendais les mêmes discours autour de moi. Ou alors, c’était des « ne remue pas la merde, c’est du passé », « pourquoi tu boucles sans arrêt sur les mêmes trucs ? Faut t’endurcir un peu. », « franchement, tu es tellement négative, ressaisis-toi un peu ! »


Je ne sais pas comment j’ai fait pour continuer à briller. Non, c’est faux. Pour continuer à briller, je me suis reniée. Tout enfouir, « tuer » ce qui dérange en soi, ça marche un temps ; le temps d’un battement de cil, le temps que l’Autre casse tout.


Aujourd’hui, j’ai trente-deux ans et je suis résiliente. Pourtant, je suis encore en train de lutter contre le déni.


J’ai compris que malgré ce que pourraient dire les gens, y compris certains de mes proches et mes amis, il fallait que je parle, que je crache, que je vomisse.


(Même si personne ne doit se reconnaître ici, parce que sinon c’est contre moi que ça se retournera.)


À trente-deux ans seulement, je fais la liste complète (enfin, j’essaie) des traumatismes que j’ai endurés et qui, d’une certaine façon, sont encore à purger aujourd’hui. Pour certains, ils se sont révélés dernièrement, j’ai eu l’impression de prendre une claque. C’est en faisant la liste des thèmes que j’aborde dans mes histoires qu’ils m’ont sauté au visage. Arg, ça fait très mal, la pilule est dure à avaler.


Avant, je me contentais de déverser en privé ou sur papier tout ce marasme qui peut me donner l’impression de mourir parfois. Je passais par des phases de up et de down chroniques – correction : j’ai toujours ces phases. Pour en sortir, ou du moins équilibrer un peu tout ça, j’ouvre la boîte de Pandore.


Oui, la boîte de Pandore. Ce furent les termes exacts employés par mon médecin traitant quand il m’a diagnostiqué le TAS (Trouble de l’Anxiété Sociale) à mes vingt-et-un ans.


Je ne sais pas si je suis prête, mais comme pour tout, ça devient vital de l’être.


Je vais arrêter de minimiser. Ce que vous allez lire ne vous plaira pas.


Je m’appelle Justine, j’en ai chié et ma santé mentale, ce n’est pas ça. Et le pire, c’est que je ne peux même pas parler librement, parce que je pourrais être traînée devant un tribunal.


Double peine pour moi.


C’est dur d’écrire ces mots-là ! Je suis prête à les effacer, à dire « Oh c’est bon, arrête de ruminer, t’as fait trouzemille billets épars, effacés pour certains, ça va, pense au positif, bouge-toi, tu emmerdes ton monde ! »


Aujourd’hui, je ne vais pas effacer. Je vais les publier, ces mots. Tous ensemble. Peu importe ce que ça me coûtera.


« Va voir un psy ! »


« Va te faire soigner. »


Je ne veux pas. Je ne peux pas. L’errance médicale, vous connaissez ? Ah, ça y est. Je bloque. De manière générale, tout ce qui est médecins, hôpitaux, examens, je fais un blocage complet dessus. Peur qu’on me découvre des choses graves, peur de souffrir, horreur des médecins qui n’en ont rien à foutre de toi, t’infantilisent, t’engueulent quoi que tu fasses, bref – sauf mes médecins traitants successifs. Ce n’est pas pour rien que pour mon endométriose, qui n’est pas très invalidante pour moi, j’ai tout laissé tomber. Donc faire les démarches pour voir un psy, c’est archi-mort.


Un jour, peut-être. Et ce n’est pas la peine de me culpabiliser à grand renfort de « tu le regretteras ». C’est moi que ça regarde. D’ailleurs, jamais je ne me permettrai de vous dire quoi faire vous concernant.


Bon, après cette longue introduction, il est temps de rentrer dans le vif du sujet.


Dernier avertissement : Quatre hommes ont contribué à forger la personne que je suis aujourd’hui. Ou bousiller, tout dépend de quel côté on se place, mais je me refuse à rester sur l’idée d’être brisée. Ce serait leur donner une victoire qui n’existe pas, une victoire que j’ai remportée, en survivant malgré tout, quitte à repousser ma partie émotionnelle, et en me prouvant à moi-même que je ne suis pas une sombre merde qui ne sert à rien.


Aucun nom, aucune description, aucun lieu, aucune date ne seront donnés. Les faits, rien que les faits. Il n’y a que comme ça que je pourrai publier ce call-out. Ça me fend le cœur, mais… pas le choix.


(Je vais être crue.)


Dans un court billet sur la genèse de Princesse Pantin, qui est la première partie de mon projet Evana, j’expliquais que trois traumatismes, concentrés en trois hommes, avaient forgé ce récit, avaient donné naissance au personnage de Professeur.


Il y a un quatrième traumatisme dont je n’ai pas parlé (oui, quatre hommes, vous suivez ?), parce que je ne m’en suis pas vraiment servi pour Evana : le rejet d’une figure paternelle. Son absence. Son désamour ? Je ne sais pas.


Appelons-le Absent.


La plupart des choses que je lui reproche ont déjà fait l’objet d’un procès, alors je sais que je ne risque rien d’en reparler. Seulement, pour d’autres raisons, je suis obligée de rester vague sur lui.


Absent a été le premier à me qualifier d’attardée mentale parce que je ne parlais pas, entre autres. Sauf que ce n’était pas ça : je n’avais pas envie de parler, surtout pour ne rien dire.


(Ça n’a pas changé aujourd’hui.)


Mon instit’ de maternelle aussi m’a qualifié ainsi, et a même fait appel à un pédopsychiatre dans le dos de ma mère. Résultat : âge de réussite de 6 ans quand j’en avais 3. Mais bon.


Quand Absent venait me chercher le week-end, je n’étais pas la bienvenue. Enfin, c’est comme ça que moi, je l’ai ressenti. Se retrouver enfermée dans la salle de bains pendant dix minutes, un quart d’heure, parce que je ne voulais pas manger par exemple, ce n’est pas la meilleure punition au monde. Me dire que j’avais une « tête d’arabe » parce que j’ai un foulard enroulé autour de la tête, et me dire ensuite qu’un Arabe, c’est une tronche de cake : on est bien niveau racisme crasse et insultes, hmmm ? Me dire que je suis habillée comme une pute aussi, parce qu’à quatre ans, je porte une jupe courte. Hurler de peur dans le noir pendant un orage en pleine nuit, bon… Là je ne vais pas dire, il est venu quand même, ne m’a pas disputée. Mais ce genre d’attention, j’aurais aimé en avoir plus souvent. J’aurais aimé qu’il se comporte plus souvent comme il aurait dû.


Quand je venais les week-ends, je n’avais pas intérêt à faire du bruit.


Pour résumer, parce que sinon je n’ai pas fini : il est parti à mes deux ans, j’ai à peine existé pour lui jusqu’à mes sept ans, et à dix ans, j’obtenais le droit de refuser de le voir parce qu’il voulait m’arracher à ma mère. Je m’en souviendrai, de mes huit ans et de la lettre du juge.


Fin de l’histoire. Peut-être que j’ai puisé un peu dedans pour construire Professeur, ma foi…


Non, je mens. Je me (nous) mens. De ce quatrième traumatisme, je sais quels éléments j’ai pris aussi pour Professeur. Ils sont liés à un souvenir, avant mes deux ans. J’ai assisté à quelque chose que je n’aurais pas dû voir, et que je ne dirai pas ici, parce que je ne peux pas. Quelque chose qui s’est rappelé à moi sous forme de flashs dès mes douze ans, que j’ai essayé de comprendre, que j’ai couchés sur papier sous forme de poèmes…


(…)


Un souvenir qui a été confirmé au détour d’une discussion très douloureuse avec ma mère à mes vingt-trois révolus. Au début, je croyais à un faux souvenir, je ne comprenais pas. Et puis… bah c’était un vrai souvenir, hein.


(Eh oui, je sais ce que t’as fait, et j’ai des envies profondes de meurtre. Tu ne sais pas de quoi je parle, hein ? T’inquiète, tu le paieras un jour, si ce n’est pas déjà fait.)


J’ai juste été un témoin, mais ça me poursuivra toute ma vie. Jamais je ne pourrai pardonner ça à Absent, jamais.


Excusez-moi, je pars vomir, je reviens. Je me calme. Il n’y a pas que ce souvenir-là qui a été enfoui loin, très loin, et ce n’est pas pour rien que mes cauchemars sont peuplés de cris, de disputes, de menaces physiques, avec pour bourreau soit Absent, soit l’un des trois autres hommes, ou une figure masculine inconnue qui me traque et qui est un mélange de ce qui a forgé une figure « paternelle » (en vrai je n’en ai pas, mais vous voyez l’idée).

C’est mon ressenti, je n’ai pas dit que c’était la vérité absolue.


(Non, ma mère n’est pas une menteuse.)


(Je ne suis pas une mythomane.)


Je lui avais donné une chance, à Absent. Avant que mes « flashbacks » soient confirmés, évidemment. À ma majorité, j’ai renoué des liens avec lui et nous avions une relation simple, calme, jusqu’à ce qu’il coupe les ponts du jour au lendemain sans m’en expliquer les raisons. En outre, c’est après que mes « flashbacks » ont été confirmés. Comme si le destin avait fait son œuvre.


Ce n’est pas moi qui reviendrai cette fois. Je ne sais même pas comment je réagirais si jamais il tentait de renouer. Serais-je capable de garder pour moi tout ce que je sais, alors que ça ne me concerne pas ? C’est quelque chose qui me ronge…


Dans mes écrits, les familles de mes personnages sont souvent dysfonctionnelles. Je puise dans mon vécu et celui, malheureusement, de beaucoup trop de gens que je connais.


Revenons à Evana. Evana, ce projet défouloir, cet embryon d’exorcisme qui, pour les trois tomes, ont recelé tout ce que je n’ai jamais pu dire de vive voix. A.V.I.A aussi, mais de manière différente.


Oui, j’ai un truc avec le chiffre trois, on dirait bien. On le retrouve un peu partout dans Evana. Et aussi dans A.V.I.A. Celui-là, je vais le reprendre et aborder certaines choses autrement. Je serai ownvoice pour la plupart de mes personnages principaux. Les autres seront dans la diversité aussi, mais je ne prendrai pas leur parole. Ils seront là, parce qu’il le faut, mais je me concentrerai sur ces personnages qui porteront ma voix, mon témoignage sur certaines choses, qu’on ne pourra pas me retirer.


Et j’interdirai à quiconque de me nier, de me silencier, de m’exclure, de me déclarer non concernée par les sujets qui me concernent (au niveau psy, évidemment). Parce que j’ai eu droit aux discours du « c’est dans ta tête », « ça changera quand tu vieilliras », « y a plus grave dans la vie », « tu veux faire comme les autres en fait, pour attirer l’attention », « si tu continues de mentir, tu finiras à l’asile », « arrête de te la raconter, mytho ».


Un bobo sur le genou est moins grave qu’une jambe cassée, pourtant, les deux se soignent. Il en est de même pour tout. Il en est de même pour les vécus individuels.


Revenons à Princesse Pantin. Le 1er jet, je l’ai écrit en 2011, sous forme de défi personnel : utiliser les mots du pantoum pour les insérer dans les quatorze chapitres et écrire le prologue à la 2ème personne du singulier. Seulement le prologue, les quatorze chapitres étant à la troisième personne du singulier, et le poème, à la première personne du singulier. Comme pour cet article, j’ai utilisé l’écriture automatique. Ça me faisait du bien, j’étais comme en transe.


J’ai publié ce 1er jet sur Fictionpress et j’ai reçu des commentaires. Les gens étaient intrigués. Ils avaient accroché, je ne savais pas trop pourquoi au fond de moi. J’ai retiré Princesse Pantin et l’ai foutu dans un tiroir, pour le ressortir en 2016, me replonger dedans, approfondir en éveillant d’autres souvenirs et le publier sur Le Conteur. Pareil, des commentaires intrigués, enthousiastes. Princesse Pantin a marqué les gens. J’ai même eu droit à des fanfics hommages. Là, je me suis dit, il y a un truc. L’idée d’une deuxième partie a commencé à se dessiner dans ma tête.


J’ai effacé Princesse Pantin de Le Conteur pour le travailler encore et encore, écrire la deuxième partie. Et plus tard la troisième. Entre-temps, j’ai republié la première partie, et la deuxième dans la foulée.


Je tourne autour du pot. Il est temps.


Le Temps. Lol.


Professeur, c’est quatre hommes à la fois :


Absent, je ne reviendrai pas dessus.


Un autre compagnon de ma mère – en sachant qu’elle en a eu plusieurs au cours de sa vie, allez-y pour savoir duquel je parle –, que je surnommerai PN (parce que…).


Mon professeur de chant, sorte de « gourou » de la musique – je le surnommerai donc Gourou.


Un poète, affabulateur de la spiritualité, baignant dans le New-Age à sa sauce, enfant à la fois « de la nature et des anges », que je surnommerai Crapule.


J’ai appris à être la fille discrète, qui ne fait pas de bruit. La fille ninja, mais c’était pour ma survie. Parce qu’avec Absent ou PN qui hurlent dès le moindre grincement de parquet ou le frottement d’un chausson/d’une chaussure sur le sol, dès que ma présence était perceptible à leur sens…


(Oui, je parle comme ça. Rien à foutre.)


Bon. 2009 et début 2010, ça a été l'année summum. Un peu tout s’est cumulé, mais je vais parler d’une chose à la fois. Commençons par PN.


Vous connaissez la chanson : à mes 6 ans, ma mère a rencontré PN. Jusque-là, elle et moi avions une super communication. Lui, c’était le super copain, qui comprend, qui accepte de se mettre avec une femme qui a déjà une gosse. La vie est toute belle, rose. Il joue énormément avec moi. Bon, parfois, c’étaient des jeux un peu brutaux, c’était un mélange de catch, de lutte, ces sports-là peut-être pas adaptés pour une fillette de 6 ans, mais il m’a appris les gestes pour me défendre, pour attaquer, les points faibles. Je ne peux pas lui retirer ça.


Il est un peu jeune dans sa tête, mais il assure.


Ouais, mais toi t’assures pas en tant que gamine. « Y a quelque chose qui cloche chez toi. »


Une petite remarque de temps en temps, l’air de rien. Je ne faisais pas vraiment gaffe, et puis les choses se sont dessinées davantage à la naissance de mon premier petit frère, à mes sept ans. Petit à petit, l’écart s’est creusé. J’étais la gamine chiante, jalouse, je pleurais pour rien, j’étais trop curieuse, je me mêlais de ce qui ne me regardait pas. J’étais capricieuse, je ne mangeais rien et si ça continuait, on allait me foutre à l’hôpital avec une énorme seringue dans le bras pour faire passer de la nourriture. Ou alors mieux : on allait me laisser à l’asile des fous parce que je l’étais moi-même.


(Oui, je vous jure.)


Je précise qu’il sortait souvent ce genre d’horreur quand ma mère n’était pas là, et si j’avais le malheur de lui dire, j’étais la menteuse de service en plus, ou la rapporteuse, la cafteuse. À cause de lui, ma mère a aussi eu des paroles similaires, qui auraient été impardonnables dans un autre contexte. Moi-même j’ai eu des propos cruels, j’ai dit de belles saloperies à ma mère, aux gens que j’aime. Plus tard, à l’adolescence, ça a été plus loin. J’avais des « crises ». J’y reviendrai.


À l’école, j’avais dit à tout le monde que PN ne m’aimait pas. Ça s’est su, et je me suis pris une soufflante à la maison. Ouh, la menteuse en manque d’attention. « Tu dis des choses graves en plus, tu ne te rends pas compte ? ». À huit ans, j’avais déjà tout compris même si je ne mettais pas les mots sur ce qu’était PN. J’ai touuuuut refoulé, en petite fille sage, et je me suis punie d’être une menteuse capricieuse.


(Ouais.)


Dans le même temps, il y avait Absent qui réclamait la garde. Je suis passée entre les mains d’un psy, puis devant le juge. Il y avait un peu trop de choses qui se cumulaient.


Ah, oui, aussi : je rêvais d’aller à Disneyland Paris, comme tous les gosses. Après m’avoir promis que j’irai un jour, PN finissait par m’engueuler chaque fois que j’en parlais, à me dire « toute façon, Disneyland, c’est de la merde, arrête de faire ta princesse capricieuse, tu ne mérites pas d’y aller. Tu n’iras jamais. »


Et c’est vrai que je n’y suis jamais allée, alors même qu’adulte, j’en ai eu l’occasion. Seulement, les manèges à sensations fortes, je ne peux plus en faire maintenant. Petite, j’adorais, maintenant, je ne supporte plus. Ma foi. Bon, y a pas que des manèges à sensations fortes à Disneyland, mais bon, voilà. Les parcs d’attractions, ce n’est plus du tout un plaisir d’y aller pour moi. Trop tard pour enfin découvrir Disneyland ?


J’étais juste une petite fille un peu trop rêveuse, qui s’évadait dans son imaginaire, à s’imaginer des aventures et à les proposer avec ses camarades de classe. J’ai commencé à rêvasser en classe, mais comme il ne fallait pas que ça se sache, je suivais le cours en même temps. Une gymnastique du cerveau anodine, en apparence. Je me disais qu’il fallait en profiter tant que j’étais gamine.


(Spoiler : je fais toujours ça en étant adulte. C’est très difficile à expliquer.)


L’adolescence, la dégringolade. J’ai commencé à tenir un journal intime. Je me plaignais souvent d’être seule. Trop souvent.


Comme beaucoup, je suis passée par la case harcèlement, paria de la classe, insultes, blessures physiques, etc. Avec ma mère, nous ne communiquions plus autant qu’avant, l’éducation de PN prenait parfois le pas sur la sienne. Je passais pour l’adolescente à « recadrer », l’adolescente qui chiale pour rien. Je me suis réfugiée dans l’écriture de journaux intimes, que je cachais parce que PN pouvait fouiller, s’amuser à lire. C’est aussi une période où ma grand-mère est venue habiter chez nous pendant un temps, où mon grand-père est mort d’un cancer généralisé, eeeeet…


PN a tout fait pour monter ma mère contre moi, en disant que j’étais la chouchoute de ma grand-mère. Celle-ci n’arrangeait rien, hélas. Je pense que c’était vrai, j’étais sa « préférée ». Elle n’aimait pas PN… Quoi qu’il en soit, ça ne m’a pas aidée du tout. En plus, ma grand-mère était en pleine dépression, donc…


Cette période de ma vie a des zones de flou aussi, ce n’est vraiment pas joli. J’étais en porte-à-faux, les disputes entre ma mère et ma grand-mère se sont calmées quand elle a trouvé un appartement. J’avoue que c’est devenu plus vivable pour moi aussi. Après, PN se plaignait qu’elle venait trop souvent nous voir. Il n’était jamais content.


Je me suis réfugiée énormément dans les livres. Tout ce qui tombait sous mes mains, je le dévorais. Des gros romans de SF jusqu’aux romans Harlequin, des magazines, des dictionnaires, des manuels… Tout y passait. Un à deux livres par jour, dont certains dépassaient les 300 pages. J’ai eu de grosses phases où je jouais à des jeux vidéo aussi. Par contre, je pouvais arrêter du jour au lendemain, comme ça.


Je fuyais la réalité avec ça, puis en ayant toujours la tête dans la lune, jusque dans mon sommeil et, quand je ne dormais pas, j’étais de toute façon ailleurs, à vivre dans mon imaginaire. J’avais besoin de changer d’air, de m’évader encore plus. Tout en suivant les cours de maths, je laissais mon esprit vagabonder au loin, imaginer des aventures. Rêver en étant éveillée… mais être là quand même.


(Depuis toute petite, j’ai toujours eu un sommeil court, avec des phases insomniaques.)


En relisant mes journaux intimes, je me rends compte que je parle quand même de me foutre en l’air de temps en temps, depuis mes 11 ans. Trop souvent en fait, ce n’est pas juste une fois.


J’étais difficile sur la nourriture. Gamine, déjà. Je me prenais tellement de remarques ! Après, j’ai eu comme un déclic plus tard, à l’adolescence, mais… Le truc, c’est que PN me reprochait de manger trop et par gourmandise. Je ne me souviens pas de ça, je vous avoue, mais je l’avais écrit dans mon journal intime. Aujourd’hui, je ne peux pas dire que j’ai des problèmes avec la nourriture. Bon… Peut-être. Je me relève parfois la nuit pour manger du chocolat, et ce n’est pas parce que j’ai faim.


Allez hop, on se recentre.


J’ai commencé à écrire des poèmes aussi. Plus ils étaient compliqués, cryptés, plus j’étais libre. Je retranscrivais aussi mes rêves, dont un « à suite », au sein d’une forêt, toujours la même, mais aux visages changeants. Oui, c’étaient les prémices à Spiritès. Plus tard, il y avait ce loup victime d’une malédiction qui hantait cette forêt. Non, ce n’est pas Izokiyo de Un pétale par sourire (qui est un raijū), mais Deïm, de Spiritès. Ces poèmes, j’ai pris la décision de les publier sur mon site d’autrice, dans la catégorie « des bris de moi ».


En parallèle, je recevais des critiques comme quoi c’était trop hermétique, mais je ne voulais pas être comprise par tout le monde.


Des gens ont su percer la carapace et ont capté certaines choses. Quant à PN, s’il en a lu, il pouvait juste s’imaginer que c’était des délires de « fille gothique qui se la raconte ».


Revenons au harcèlement scolaire que j’ai subi au collège.


D’un côté, j’étais soutenue : PN faisait ce qu’il fallait, il choppait les parents des gamins qui s’en prenaient à moi. De l’autre, à la maison, c’était l’enfer. Il me hurlait dessus quand je n’arrivais pas à faire mes devoirs, surtout les maths. En cinquième, pour deux devoirs où j’ai signé à la place de ma mère – parce que si je ramenais une mauvaise note, je m’en prenais plein la tête, et si ma mère avait le malheur d’intervenir pour calmer les choses… –, j’ai été privée de sortie, de téléphone. J’étais fliquée 24h sur 24, j’avais des devoirs supplémentaires.


Anecdote : il vérifiait si je me brossais les dents à dix-neuf ans. Oui, vous avez bien lu.


(Tu n’es qu’une menteuse.)


PN me faisait faire des exercices supplémentaires en plus de mes devoirs. Il me refaisait certains cours en maths, en français, en histoire… Il m’interrogeait sur mes leçons. Il m’engueulait et me rabaissait si j’avais le malheur d’oublier quelque chose, ou de ne pas comprendre aussi : « Oui, tout le monde capte ça et pas toi, t’es nulle ! » ; « quoi, tu as déjà oublié ? C’est grave à ton âge, t’as Alzheimer. »


J’ai une excellente mémoire, y compris pour le par cœur, mais il y a des trucs qui, vraiment, ne rentrent pas : les dates. Eh oui ! J’ai fait une licence en histoire, et je suis infoutue de retenir des dates précises. J’ai horreur des frises chronologiques et j’étais vraiment une calamité en sixième pour en faire.


(Ben ouais, et vous allez faire quoi, hein ? Je suis une cancre, une impostrice qui a obtenu son diplôme dans une pochette surprise ? Allez vous faire foutre.)


Ah pardon. J’ai dérapé.


Autrement, petit à petit, je devais m’occuper de mon premier frère (puis du plus petit, plus tard), faire le ménage, la cuisine, quand ma mère travaillait. PN avait des périodes entre chômage et boulot. Quand il travaillait de nuit, c’était l’enfer, parce qu’il était exécrable si on avait le malheur de le réveiller en journée... Je devais aussi arrêter de « faire ma princesse », surtout quand c’était « dégueulasse » ce que je faisais ou que la maison était une « véritable porcherie ». « Oh ben Cendrillon, tu vas encore chouiner ? »


Oui, il me surnommait Cendrillon pour m’humilier. Je faisais ma « princesse malheureuse », mes « tâches comme une souillon », etc. Hahahahaha j’avais presque oublié ça. Voilà que ça repope comme ça. Hum, bref.


« T’es molle, t’es molle, t’es molle. »


« T’es gnan-gnante, t’es cucul. »


Je n’ai pas été une gamine ni une ado spécialement lente. D’après ma famille, j’étais même plutôt vive, que ce soit physiquement ou mentalement. Cependant, à force d’entendre PN, j’ai accéléré un rythme déjà plutôt nerveux de base. J’en souffre, parce que du coup, cela a un impact sur les personnes qui vivent avec moi au quotidien ou qui travaillent avec moi. Même si j’ai beau leur dire que je ne suis pas un exemple à suivre, que je suis comme ça et que ce n’est pas forcément bien non plus, ben quand même hein. Certain.e.s m’ont bien fait comprendre qu’aller toujours vite, courir comme je le fais, ben je cherche à me faire mousser hein, à être meilleure que les autres. Non, non, non ! Je souffre, en fait.


Aujourd’hui, je n’arrive pas à ralentir, pour tout. Je n’y arrive pas. Seule la maladie serait capable de me mettre KO, et c’est là que ça me fait peur, mais je ne peux pas faire autrement. Mais à part ça, je fais ça pour montrer que je suis la meilleure, hein ?


(Désolée, je l’ai en travers de la gorge, ça aussi. Il y a tellement de phrases passives-agressives que l’on me sort au quotidien. Il ne faut pas s’étonner après que je me dise que je ferais mieux de disparaître, que le monde serait bien mieux sans moi. Ben oui, à force d’entendre que tout est ma faute.)


Je suis en train de vriller sévère alors que je rédige ces mots, moi et cette partie de moi qui me noue le cœur et l’âme.


Evana parle du fait d’être différent.e, que l’on ait des « qualités » en plus ou des « défauts », et dans mon cas, il y a les deux : j’ai une excellente mémoire si l’on omet mes problèmes « d’amnésie » – j’en parle plus loin –, je suis vive d’esprit et de corps, mais à côté de ça, je suis infoutue de conduire une voiture, je n’ai pas le permis, et je pénalise tout le monde avec ça. Donc je ne sers à rien. En primaire, j’ai été la seule de ma classe à échouer au test routier pour le vélo : on nous a fait passer ça sur un circuit riquiqui, sur le terrain de sport. Je ne comprenais rien à rien, ça n’avait aucun sens pour moi. Honnêtement, j’aurais préféré le faire en situation réelle, avec de vrais panneaux, je ne me serais pas lamentablement ramassée.


Bon, on va essayer de revenir au sujet principal sans disgresser (lol, je ne sais faire que ça).


Il y a eu une certaine période où je n’avais plus de chambre. Vers mes quatorze ans, ça a commencé, après le déménagement – oui, on a eu plusieurs déménagements. Pareil, je ne donne pas de précisions.


Bon, quand je dis que je n’avais plus de chambre, je m’explique : la Playstation 2 avait été installée dans ma chambre. Bon. PN venait y jouer sans me demander, sans me laisser mon intimité. Je n’aurais pas été contre qu’il installe la console dans une autre pièce – je crois qu’en plus, il y avait une deuxième Playstation 2 dans le salon… Quand je lui ai dit gentiment que j’aimerais avoir ma chambre quitte à tout enlever, il m’a traitée d’égoïste, entre autres. Quand je lui disais, le soir, que je voulais aller me coucher – et donc qu’il quitte la pièce pour ça –, évidemment, je me faisais engueuler.


Ça donne envie d’exister, tout ça.


PN avait un sacré problème avec le sexe aussi. Le voir débarquer à poil dans la cuisine à minuit, alors que j’étais descendue boire un verre d’eau, comment dire…


« Qu’est-ce que tu fais ? »


Je bois, ça ne se voit pas ? J’avais douze ou treize ans. Ouille, désolée pour les retours en arrière. C’est le bordel cette lettre ouverte, hein ? Désolée.


Ou encore, parler de cul à longueur de temps, faire la gueule à ma mère quand elle n’était pas d’humeur et nous engueuler moi et mes frères parce qu’il n’avait pas « tiré son coup »… Des anecdotes comme ça, je pourrais vous en raconter plein, mais je vais m’arrêter là.


J’avais aussi droit aux remarques sexistes : « ben oui, si tu veux qu’un mec veuille de toi, arrête de faire ta coincée. » « tu sais, faudra faire des f*******ns, et il faudra essayer plusieurs mecs aussi ».


Si j’avais osé sortir (et si j’avais eu assez de connaissances pour le faire) qu’en fait, vu que je suis asexuelle et que l’homme que j’aimerais, ce serait pour sa personnalité, ce qu’il a dans la tête, que je ne peux pas coucher avec quelqu’un juste comme ça, hum.


J’arrive à mes seize ans, déjà bien déglinguée même si je donne le change. Je sentais bien que je n’étais pas tout à fait comme les autres filles. J’étais trop romantique, trop rêveuse, trop dans mon monde, pas intéressée plus que ça par le sexe. J’avais même presque peur d’avoir une relation avec quelqu’un, parce que forcée de lui « donner quelque chose que je ne pouvais pas lui offrir, ou difficilement ». La faute à PN, qui n’arrêtait pas de seriner ses conneries à qui voulait l’entendre, et je voyais comment il agissait avec ma mère. Ma mère, qui est tombée en dépression même si ça ne s’est pas vu. Qui était sous emprise aussi, mais c’est dur d’en sortir.


Elle était bien plus combative que la mère d’Héloïse, dans Un pétale par sourire ; elles n’ont pas le même caractère, je vous rassure. Même si j’avais l’impression que ce n’était pas assez, elle me soutenait. La plupart du temps, il fallait faire en sorte de « ne pas mettre PN en colère ». De « le laisser dans ses délires », pour avoir la paix. Parce que ma mère était épuisée mentalement. Elle luttait sans cesse contre lui, essayait de protéger aussi mes frères. Sans compter qu’elle dissimulait tout derrière un sourire, une oreille attentive – et qui a appris à faire pareil ? MDR.)


(Menteuse, menteuse, qu’il disait.)


À cette époque, mon cerveau court-circuitait déjà.


Oui, il court-circuitait déjà, c’est sûr. En relisant mes journaux intimes, y a une preuve de ça en août 2005, où il y a un changement radical dans ma façon de penser et d’écrire. Avant ça, j’étais surtout trop obnubilée par mes problèmes et ne voyais pas que si elle pouvait avoir des mots ou attitudes blessantes, c’était à cause de PN. Je les mettais dans le même sac tous les deux. Depuis août 2005, j’étais « froide » dans mon écriture, détachée. Mes « crises » faites au collège, ça ne pouvait plus durer, il fallait que je me « ressaisisse ». Le problème venait de moi, et il n’y avait que moi pour régler ça.


À force d’essayer d’être quelqu’un d’autre pour paraître normale et survivre, ça laisse des traces.


Vous comprendrez plus bas.


Ah, stop. Une minute. Mon cerveau court-circuitait même encore avant. En parlant à une amie, vu la façon dont je lui ai raconté les choses, ben…


(Oui du coup, on revient un peu en arrière encore.)


Vers mes douze ou treize ans, je suis passée par une période assez violente. Je m’en prenais à mon petit frère dès que j’étais punie de façon injuste à sa place, ou dès qu’il m’insultait – des insultes entendues dans la bouche de PN, au passage – ou m’en faisait voir de toutes les couleurs. Alors oui, là, j’entrais dans des crises de rage incontrôlables. J’en venais à frapper mon frère, hélas. Oui, j’ai été cette fille-là. Pourtant, le reste du temps, je n’ai jamais levé la main sur quelqu’un. Sauf de très rares fois où on me frappait à l’école – j’ai mordu un camarade de classe en maternelle pour me défendre.


Au collège, j’avais aussi ces crises, surtout qu’à cette période, j’étais victime de harcèlement, comme je vous l’ai expliqué plus haut. Je piquais des crises de colère et/ou de larmes tellement violentes, qui allaient au-delà de ce que je suis.


Oui, vous me direz, ce sont des phases normales chez n’importe qui. Sauf que chez moi, ben ça devenait répétitif et extrême. Et qui dit répétition dit chronique, et…


Alors je n’ai jamais rien cassé, je n’ai pas non plus envoyé quelqu’un à l’hôpital. Par contre, verbalement, j’étais horrible. J’étais un monstre.


Bref.


Pour en revenir à mes journaux intimes, cette partie de moi détachée, froide, c’est la même que celle qui surgit quand les émotions négatives sont trop violentes. Je pense. J’en sais rien en fait.


Il y avait aussi chez PN le discours du « faut couper le cordon avec ta mère hein, faut grandir, t’es pas une adulte ».


« Oh, puis de toute façon tu fais ta crise d’ado. » C’était son argument phare, quand je me révoltais contre quelque chose. Depuis mes dix ans, j’ai vécu une centaine de crises d’ado alors. Je suis terrible, je suis vraiment vilaine, vraiment une racaille à dresser, qui mérite d’être punie. Oui, oui.


(Surtout quand je frappais mon frère.)


J’ai tout essayé avec PN. Tout. Je me suis même mise à genoux devant lui et me suis excusée d’être aussi mauvaise, d’être ce que je suis, d’avoir été imbuvable, d’avoir été méchante, horrible, etc. Oui, j’ai fait ça. Je pensais sincèrement qu’il finirait par comprendre, j’avais de l’espoir. Mais on ne raisonne pas un PN. On ne guérit pas un PN.


J’écrivais aussi des fanfics, avec une héroïne souvent dans une famille dysfonctionnelle. Une Mary-Sue, avouons-le aussi, qui avait des pouvoirs et finissait avec son personnage préféré de jeu vidéo, de film… Évidemment, je ne montrais jamais rien de mes poèmes, histoires, ou autre, à la maison. Je postais sur des forums, des sites, c’était ma porte de sortie. Ah, je montrais aussi aux amis du lycée, qui écrivaient aussi. Nous formions un groupe, c’était un autre point de repère auquel m’accrocher dans ce monde si triste. Des amis qui n’étaient pas dans la même classe que la mienne pour la plupart. Oui, parce que j’étais pas foutue de m’entendre avec les gens de ma classe, lol. Moi, j’étais la S (Scientifique) avec un esprit de L (Littéraire).


En relisant certains de mes poèmes et chansons écrits au lycée, puis à la fac, nouvelle claque dans la gueule. Certains montrent que parfois, pendant l’écriture, je cours-circuitais aussi. Je les publierai aussi dans « des bris de moi », sur mon site. Je cours-circuitais, oui, et je n’étais pas toujours moi-même dans ces écrits, ou alors, je m’adressais à cette autre partie de moi.


(Ouais je sais, c’est flippant. Là où ça s’est le plus remarqué, ben ça a été en 2009, après… Non, faisons les choses dans l’ordre. Vous comprendrez.)


Par contre, rien dans mes poèmes du collège ; comme je vous l’ai dit, mes pétages de plomb se traduisaient dans les crises de colère et de tristesse violentes.


La seule chose qui transparaissait était qu’au collège, quand même, beaucoup de mes poèmes étaient noirs. Je parlais trop souvent d’en finir. Je ne pensais pas l’avoir autant couché sur papier, ça.


Revenons à la période du lycée, 2006.


J’ai fait la connaissance d’un poète plutôt doué, sur un site de poésie. Appelons-le Crapule. De fil en aiguille, nous en sommes venus à parler spiritualité. J’en discutais déjà avec certains amis, nous passions des heures à confronter nos points de vue et à essayer de trouver des explications scientifiques aussi. Spiritualité et science ne sont pas si lointaines dans ma conception. Ce que j’appelle spiritualité, c’est ce que nous ne parvenons pas encore à expliquer, mais cela ne saurait tarder. Seulement, à cette époque, j’étais une adolescente paumée, alors il était facile de me faire miroiter beaucoup de choses avec la spiritualité, les anges, les énergies, toussa.


Surtout avec certaines expériences paranormales que j’ai pu vivre, que pour certaines, je réussis à expliquer de façon rationnelle aujourd’hui.


Crapule m’a présenté deux autres filles – et d’autres personnes, sans plus –, qui étaient dans les mêmes questionnements. Je lui ai fait connaître une amie à moi de l’époque, et nous avons continué à interagir pour parler poésie et spiritualité. Il a même ouvert un site où nous pouvions nous retrouver – je sais, là j’aurais dû réagir, parce que nous étions en majorité des jeunes filles entre 15 et 18 ans, je sais.


Ce site n’a pas fait long feu.


Après, j’avais beau être paumée, ça n’a pas empêché des signaux d’alarme de se déclencher en moi. J’avais déjà ma propre conception de la spiritualité comme je l’ai dit, et je n’ai jamais vraiment adhéré à certaines choses, qui heurtaient mes propres convictions ou ce que je peux appeler instinct. La vision de la spiritualité de Crapule me dérangeait de plus en plus, notamment quand il a commencé à me sortir que tel personnage apparaissant dans mes rêves, c’était lui, et que nous étions liés, qu’il était capable de se projeter dans la pièce où j’étais, etc. Je me sentais espionnée… Bon OK, disons-le franchement : il pénétrait dans mon intimité, hein. Il m’a aussi fait le coup de « je suis possédé, un esprit parle à travers moi ».


J’ai dit la même chose à propos de moi, j’ai pensé la même chose. Ça commençait déjà (en août 2005, oui), même si c’était partiel, mais ce n’était pas ça. Pas du tout. Le rêve se mélangeait parfois à la réalité. J’entrais en « transe ». Oh, je me suis dit quand même que quelque chose ne tournait pas rond chez moi, puis après, je me suis dit que c’était Crapule qui m’avait mise dans cet état, par une sorte de lavage de cerveau.


(Et en fait pas vraiment, non. Au début peut-être, oui, mais pas après. Ce genre de transe, je sais très bien le faire toute seule, ou alors ça se déclenche sans prévenir, parfois.)


Lui aussi a tenté de me faire du chantage au suicide, à me dire que nous étions destinés l’un à l’autre, que je devais porter son enfant soleil – ses délires inspirés du New Age, jamais de la vie, no way ! J’ai coupé les ponts au bout d’un an ou deux (je ne sais plus, ça fait partie des zones de flou) et lui ai dit que je ne voulais plus jamais le revoir. Si ça s’arrêtait là, ce ne serait pas drôle, vous verrez, parce qu’il y a un après. Poursuivons l’histoire chronologiquement – à peu près.


Il ne valait mieux pas que je raconte tout ça à ma mère et à PN, oh la la, non.


(Menteuse, mytho, folle ?)


Selon lui, c’était ma faute si ma mère et lui se disputaient ; c’était ma faute si elle n’allait pas bien. J’étais terrible, je faisais semblant d’être une gentille adolescente, parce que j’étais un démon qui leur plantait un couteau dans le dos. Moi et mes états d’âme, non mais stop : y a plus grave, y a des personnes bien plus malheureuses. PN, lui, ne frappait pas, ne violait pas, n’était pas pédophile – ce qui est vrai pour les deux derniers, je ne peux pas lui retirer ça. Quant à frapper, ben… j’explique un peu plus bas –, n’était pas une « tapette ». Oui oui, il a tenu des propos homophobes, plusieurs fois. S’il me dispute, c’est normal, c’est pour me montrer le droit chemin.


(T’as un grain quand même, faut aller te faire soigner, t’es pas nette dans ta tête.)


À mes dix-sept ans, j’ai fait la connaissance d’un professeur de chant. Maman et moi, ainsi que d’autres personnes, avons formé un groupe de chanteurs. Bon… Je ne peux pas trop en dire sous peine d’être poursuivie pour diffamation, mais je me demande aujourd’hui si notre organisation était vraiment réglo sur certains points. Voilà.


Et au passage, je n’ai pas été la seule gamine qu’il a tenté d’attraper dans ses filets. Je le surnommerai Gourou.

Le chant, c’était ma bouffée d’air. Petit à petit, Gourou m’apprenait à réapprivoiser ma voix. J’ai eu quelques problèmes avec, entre PN qui réussissait à me convaincre que je cassais les oreilles de tout le monde et que lui avait l’oreille musicale même s’il chantait faux (PTDR), et une professeure de chant lyrique qui aurait dû me faire bosser ma voix « normale » avant de me faire chanter en lyrique, mais bref.


Oh aussi. Non seulement PN se vantait d’avoir l’oreille musicale, mais le seul livre qu’il a lu de sa vie – non, ce n’est pas un lecteur du tout – a dans son titre le nom d’un personnage historique, le même que le sien. Voyez-vous le niveau de narcissisme ici ? Pas besoin d’aller plus loin, hein.


(Si un jour, l’on venait à se recroiser, tu te souviendras toute ta vie comment je m’appelle, moi.


On peut dire une chose : ma mère n’aurait pas pu choisir un meilleur prénom que le mien, collant à la perfection à ce que je suis.)


Désolée, je ne suis pas vantarde en fait, ce n’est pas tout à fait moi qui parle.


Revenons-en à Gourou. Il disait que j’avais un potentiel, qu’il fallait aller plus loin. À l’époque, je prenais ça comme une chance, mais c’était un red flag : il m’apprenait à « devenir une femme » sur scène, à affirmer ma féminité (…). Il a commencé à s’intéresser à ce que je faisais d’autre : l’écriture, la peinture. Toutes ces choses que PN dénigrait en permanence. Toutes ces choses qui étaient « de la merde ».


« histoires de merde »


« tu chantes faux »


« peinture vraiment moche »


« y a aucune passion dans ce que tu fais, aucune vie »


Bref.


Concernant la peinture, je m’y suis sérieusement mise à mes seize ans, et certaines personnes ont pu aussi comprendre beaucoup de choses sur moi. Tout comme dans mes écrits, je suis cryptique dans mes toiles. Peut-être pudique. C’est enfantin, mais pas tant que ça. Coloré, mais ce noir, là… La fille qui sourit et qui nie ses douleurs, ses souffrances. Ça n’existe pas, faut avancer. Oui, avancer, d’accord, mais vouloir le faire en refoulant tout, en enfermant tout dans une jolie boîte, qu’on ouvre de temps en temps pour lâcher la pression, c’est plonger dans le vide au bout d’un moment. La fille qui devient passe-partout, pour ne pas faire de vagues, échapper au regard du monde, quitte à s’effacer et à refouler en elle toutes les pulsions, les émotions négatives, quitte à les cantonner à une partie d’elle qu’il ne faut jamais montrer. Sauf que ces deux-là, quand elles se retrouvent à cohabiter au moment où les murs se fissurent lors d’un ébranlement…


(…)


Reprenons. Bref, je parlais de Gourou.


J’en suis venue à le considérer comme un père. Puis il a commencé à changer. Il m’a avoué être tombé amoureux de moi. Évidemment, moi non. Le mec, il a plus du double de mon âge ! J’ai pas vu le red flag, encore une fois. Tellement aveugle, tellement conne. Tellement en recherche d’un père en fait. Il a fait mine de comprendre, mais du coup, par la suite, il interprétait mal ce que je pouvais dire ou faire. Je le blessais. À la maison, PN n’était pas content que maman et moi passions notre temps à chanter. Ben oui.


Il accusait déjà ma mère de le faire cocu, alors que lui ne se gênait pas pour aller voir ailleurs. Ma mère lui a pardonné une première fois, quand j’avais douze ou treize ans, mais il a recommencé, c’est sûr… Elle tenait bon. Parce que par amour ou sous emprise, on fait des choses qui ne nous ressemblent pas.


J’entendais aussi très souvent ce discours, qui me suit encore maintenant et me conditionne d’une certaine façon : « Rien ne t’appartient ici, car tu ne paies pas de loyer et tu ne gagnes pas ta vie ». Donc, au sein de ma propre maison, je n’étais pas chez moi, parce que je n’étais qu’une morveuse à l’école qui ne connaissait rien à rien. Oui. Je suis sûre que si j’avais été dans le monde du travail à 19 ans, il aurait trouvé le moyen de me dire que mon salaire lui appartenait, bref, vous voyez quoi. Des propos qui m’ont replopé à la gueule pas plus tard qu’en janvier de cette année, en pleine nuit, pendant que je dormais – et hop, allez, ça ressurgit de mon subconscient, comme ça…


Petite chose à préciser aussi : si PN ne m’a jamais battue ni même touchée, en revanche, il fichait de sacrées dérouillées à mon premier petit frère (sans commentaire…) et, en règle générale, quand il était en colère, il levait le poing et faisait mine de vouloir nous frapper, avec les paroles qui vont avec. Ça marque à jamais l’esprit, et quand quelqu’un se met à crier contre quelqu’un d’autre, à faire des gestes comme s’il allait frapper quelqu’un ou quelque chose, ou même qu’il balance des objets ou tape le mur, je me tétanise.


D’ailleurs, mon premier petit frère, à l’adolescence, a aussi eu des phases de violence assez extrêmes, et quand il y était, je faisais des crises. Bon là, on fait un petit saut dans le futur, ça se passe après 2010, ce n’était pas beau du tout. Mon frère était complètement déglingué à cause de PN, qui le montait contre ma mère, bref.


Reprenons.


La suite est un long message remanié que j’ai envoyé à une personne que je considère comme une amie, écrit lui aussi en mode « transe » pour que je puisse tout bien retranscrire comme il faut, quand je lui ai expliqué une partie de mon vécu. J’ai rajouté des informations aussi.


(Transe, tout est dans ce mot. Là est la clé de ce que je suis.)


L’année de mes dix-neuf ans. Le summum des conflits familiaux. J’étais en première année d'histoire-géo en licence. Oui, parce que j’ai loupé ma 1re année en licence bio, donc réorientation (bon, on s’en tape). PN était de plus en plus infernal. Moi, je supportais de moins en moins. En parallèle, à l'association de chant, alors que c'était censé être notre bol d'air, ça commençait à tourner au vinaigre aussi. Gourou montait d’un cran et me faisait des scènes, du chantage pour des conneries. Un exemple : l'été de mes dix-neuf ans, seul point à peu près positif, j’ai fait mon voyage en Italie avec mes potes. Une semaine. Il m'a piqué une crise parce que je n'ai pas voulu y aller avec lui.


Les crises de rage et de larmes violentes se sont amplifiées. En plus, dans le même intervalle, j’étais en conflit avec ma meilleure amie de l’époque. Ninite, si tu passes par là… je ne t’ai pas tout dit.


Elle-même vivait des choses difficiles, elle était en couple avec quelqu’un qui ne lui voulait pas du bien. Je le sentais, mais je lui faisais des pseudocrises de jalousie possessives, alors que ce n’est pas moi, ça. Jamais. J’avais eu aussi ces crises au collège pour une amie d’enfance (qui ne l’est plus aujourd’hui), pour les mêmes raisons, sauf qu’elle, c’étaient des amis et la famille qui avaient une très mauvaise influence sur elle. J’ai échoué pour elles deux, j’ai perdu la première et failli perdre la deuxième à cause de mon comportement minable. La seule différence avec la jalousie maladive, c’est que déjà, je ne fais (oui, on va mettre au présent) pas ces crises-là à longueur de temps. Ça survient chaque fois que je sens l’autre en danger. Quand une personne s’éloigne de moi, je ne cours pas après. Elle fait ce qu’elle veut. Il est vrai que j’ai tendance à me dire que si elle coupe le contact ou s’éloigne, c’est ma faute, c’est parce que je l’ai déçue. Une blessure d’abandon… En même temps, on m’a conditionnée à penser comme ça. D’un autre côté, je préfère qu’on me dise franchement les choses, et j’avoue que de ce côté-là, certaines personnes dont je n’ai plus de nouvelles aujourd’hui ne m’en ont jamais expliqué les raisons (hors éloignement naturel, bien sûr).


Aujourd’hui, et ce depuis pas mal d’années, j’ai une certaine stabilité dans mes amitiés, mais j’ai eu du mal à la trouver. Est-ce que le problème vient de moi ? Eh oui, je me le demande encore ! Je pourrais dire que tout le monde m’abandonne, et gnagnagna. Soit c’est une fausse perception, soit c’est vrai et c’est ma faute, soit c’est un peu des deux. Je trouve toujours des excuses aux autres, de toute façon, et ne me pardonne jamais rien.


On reprend.


Les clashs avec PN étaient très violents à mon retour des vacances d’Italie. Je ne dormais plus, je ne mangeais plus. En relisant aujourd’hui certains passages de mon journal intime, je comprends que mon corps commençait à lâcher. J’avais des plaques rouges sur le corps, toujours mal à la tête, au ventre. Je ne me le rappelle pas forcément, mais ça fait écho avec mes somatisations actuelles, quand je ne suis pas loin de franchir mes limites. Donc en septembre, je me disais que j’allais peut-être me foutre en l’air, mais j’avais peur, et puis ça me reprenait. Et les cauchemars, où j’étais en danger, où PN défonçait la porte de ma chambre... Ma mère voulait se séparer de lui. Je reprenais espoir. Sauf que par un énième chantage, il a réussi son coup : elle est revenue sur sa décision. Je me suis enfermée dans la salle de bains, j’avais l’envie de me tailler les poignets, mais j’avais trop peur, je n’y arrivais pas, j’étais lâche, je m’en empêchais, je ne voulais pas souffrir.


Dans ma tête, l'ampoule a cramé. J'ai appelé Gourou, je pleurais, j’ai fait mon sac, je me suis cassée chez lui.


Dix-neuf ans. J’étais complètement détraquée, j’essayais de m'en sortir, mais j'ai choisi la pire solution. Pendant deux mois, j’ai vécu chez lui, sans voir ma mère. Enfin, il y a eu un épisode où ma mère a passé une nuit chez Gourou, je crois que c'était au tout début de ma fugue, pour fuir PN. Il a cassé la vitre de la porte d'entrée de Gourou, braillé, menacé. Nous avons été aux flics le lendemain.


À propos des flics… Plusieurs appels à l’aide, plusieurs interventions. « On ne peut rien faire ». Oh oui, il aurait fallu un féminicide. Ben oui. Puis la seule fois où on avait presque réussi à faire quelque chose, où il a été conduit aux urgences psychiatriques, il a été relâché le jour même, soi-disant que « tout était normal ».


Les deux mois où j'ai fugué, ma mère a dormi dans sa voiture. PN faisait pendre des cordes dans la maison et répétait à mes frères et ma mère qu'il allait se suicider s'ils le laissaient. Je n’ai appris tout ça qu’après.


Il ne cessait de répéter aussi qu’il avait la même destinée que Jésus, qu’il mourrait à 33 ans. Oui, oui. Plus tard, au tribunal (pas pour le jugement de divorce, mais par rapport à la garde de mes deux frères), il a sorti à la fin que le Jugement Dernier s’abattrait sur tout le monde, ou quelque chose de ce style-là. Alors qu’il n’a rien d’un croyant. C’est ma mère qui me l’a raconté.


Bref.


Au mois d’octobre, ma mère venait me voir, mais elle gardait ses distances, ne me prenait plus dans ses bras. J’ai relu mes journaux intimes, je ne me rappelais même plus ça. Cette période-là de ma vie est très floue, je l’ai même mélangée avec ce qu’il s’est passé en novembre, c’est pour dire.


Trouble de stress post-traumatique powa, là on est en plein dedans. Avec une atteinte à la mémoire, youhou.


Je me noyais dans mes cours, dans le travail à la fac. Je m’évadais dans mes rêves éveillés aussi, sans jamais rien montrer aux autres. Le fait que j’entame ma première année en licence d’histoire-géographie, après m’être ramassée l’année précédente en licence 1 de sciences de la vie, me confortait dans l’idée que je n’avais plus que ça à quoi me raccrocher.


Je ne sais pas comment j’ai fait pour avoir mon année, au passage, ni pour avoir des résultats corrects, compte tenu des circonstances.


Puis, un soir, seule dans la chambre d’amis, après une énième crise de larmes qui m’a laissé la poitrine douloureuse, après une discussion entre Gourou et ma mère, qui s’était déplacée pour lui dire qu’elle n’en avait plus rien à foutre de tout, et que moi je n’en avais plus rien à foutre d’elle, je me suis dit : « à quoi bon ? ». J’étais montée pleurer dans la chambre d’amis. Et moi, j’étais toute seule. Personne ne pouvait, ne voulait m’aider. Gourou, je sentais bien que si je baissais ma garde, il allait m’avoir. Mais j’avais choisi mon mal, j’avais fugué chez lui, à moi d’en assumer les conséquences.


Gourou est monté me voir. Je lui ai dit que je ne tiendrais pas une semaine et qu’en fait, j’étais morte – je ne me souvenais plus de ça, mon journal intime me l’a rappelé. Il est redescendu. Ma mère, je la croyais partie.


J’étais seule, abandonnée, pas courageuse. Je ne pouvais pas me mutiler, je ne pouvais pas me foutre en l’air. Pourtant, je voulais que tout s’arrête.


« Ne plus souffrir, ne plus rien ressentir ». Être là sans être là. Ne plus être moi.


L’ampoule dans ma tête a claqué. Encore.


J’ai fait ce qu’on appelle une « TSM ». Tentative de Suicide Mentale.


J’ai tué mes émotions.


De simples moments de dépersonnalisation que j’ai pu avoir (et décrits tout le long de l’article), j’ai passé la vitesse supérieure.


Dissociation. Bon, y a peut-être eu de légers précédents. Je ne sais pas honnêtement.


Je suis vraiment devenue quelqu’un d’autre, mais j’étais moi quand même.


Au bout de je ne sais combien de temps, ma mère est montée me voir. Je la croyais partie… Elle m’a prise dans ses bras et on a discuté calmement. On a eu cette discussion qu’on aurait dû avoir depuis longtemps. Cette partie-là, je ne m’en souvenais pas jusqu’à ce que je lise les extraits concernés de mon journal intime.


Sauf que le mal était fait. J’avais tué une partie de moi.


Le lendemain, je suis partie à la fac comme d’habitude. Les jours se sont enchaînés. Je ne ressentais plus rien. Mon anniversaire est arrivé, Gourou a organisé une sortie au restaurant dans le dos de ma mère, sans lui dire. Je ne savais pas. Ou alors non, nous avons été au restaurant tous les trois. Je ne sais plus. C’est un souvenir que je n’ai toujours pas retrouvé. Je n’écrivais plus dans mon journal intime à ce moment-là, mais il me reste quelques souvenirs épars de ce mois de novembre. Même si c’est un peu tout mélangé. En écrivant ce call-out, j’ai pu remettre un semblant d’ordre. Désolée si c’est tout de même confus.


J'avais l'impression que ma mère ne faisait rien pour s'en sortir, qu'elle ne cherchait pas de logement, alors qu'en fait, Gourou me le faisait croire.


Et il faisait croire à ma mère que moi, je ne voulais plus jamais la voir, et inversement. En fait, il en a profité pour me couper de tout. Quand elle m'appelait, je ne décrochais plus, j’enchaînais les crises d’angoisse. Je n’avais pas complètement tué mes émotions ; je n’étais plus que boule d’horreur et d’angoisse.


Aujourd’hui, je déteste téléphoner aux gens à cause de ça, en plus de la phobie administrative, en plus d’autres choses désagréables liées au téléphone, dont une personne qui m’a menacée et harcelée, que je n’ai jamais pu reconnaître. Ma vie est un drama-sketch.


Je faisais aussi des cauchemars où Gourou essayait d’abuser de moi. J’étais tellement abrutie, perdue, affaiblie que j’ai nié ces rêves. Où pouvais-je bien aller si Gourou était vraiment quelqu’un de mauvais ? Il n’arrêtait pas de me répéter aussi qu’il fallait que je coupe le cordon avec ma mère. Relation trop fusionnelle, ce n’était pas bon pour moi. Il me faisait découvrir des séries, des films – il avait un genre d’home cinéma chez lui –, dans lesquels je me noyais aussi. Tout était prétexte à m’échapper.


(Il ne m’a jamais touchée, je n’ai aucun souvenir traumatique enfoui à ce propos. Non mais faut le dire.)


Heureusement, certaines personnes ont réussi à me tirer de là. Très difficilement, j’ai pu communiquer avec ma mère par leur biais.


En décembre, quand j'ai pris la décision de suivre ma mère après qu'elle a trouvé un logement, Gourou a tenté de m'en dissuader. Je n'ai pas cédé.


Alors que j’accompagnais ma mère à sa voiture avec des cartons, je lui ai dit ces mots à propos de PN : j’avais peur qu’il cause du tort à mes deux frères en se comportant comme il le faisait, ou quelque chose comme ça. Le premier, qui était resté avec PN le temps de faire je ne sais plus quoi, a été tout lui répéter. Il faut savoir que PN nous mettait sans cesse en rivalité et faisait tout pour qu’il me déteste (je me répète). Il n’a pas trop fait ça avec le plus jeune, enfin bref. Alors que je montais les marches de l’appartement dans lequel nous comptions, ma mère et moi, nous installer, PN m’a appelée sur mon téléphone. Je n'ai pas décroché. Il m’a laissé un message comme quoi je finirais vieille fille, soit encore « chez maman » ou soit à la rue, sans boulot, avec des chats, sans amis, que plus personne ne me supporterait et verrait mon vrai visage, et que je n’aurais mérité que ça.


Voilà. Entre ça et mon premier frère qui était dans une rébellion violente, alimentée par PN, qui a tout fait pour le monter contre ma mère aussi. PN a bousillé son adolescence, lui a fait énormément de mal. Seulement, ce n’est pas mon histoire, c’est à lui d’en parler quand il le souhaitera.


PN avait réussi à lui mettre dans la tête comme quoi j’étais la pièce rapportée de la famille, et d’ailleurs, mon frère m’avait sorti que je n’étais pas sa sœur à cause de lui.


L’année de mes vingt ans a commencé. Il y a eu de violentes disputes avec ma mère, où on se reprochait des choses qui, au final, étaient dues à PN et Gourou. Gourou recommençait à me faire des scènes, du chantage, de la culpabilisation. Ma mère a même pensé que j’étais complètement sous sa coupe et que je buvais ses paroles, elle ignorait à quel point j’étais déglinguée. Le fait que j’alterne entre phases de froideur absolue et crises hyper violentes n’aidait pas. Je n’étais plus moi, en plus. Dissociation ? Je ne sais pas (mais si, tu sais, dissociation traumatique). J’étais comme en transe, et je m’y réfugiais à chaque fois que mes émotions essayaient de s’exprimer. C’est beau (non).


Gourou aimait nous mettre en rivalité aussi, au niveau du chant. Ma mère a usé de contre-manipulation sur lui pour essayer de me tirer de ses pattes. Ce qu’elle ne savait pas, c’était que je n’étais pas du tout en train de croire ce qu’il me disait. J’étais sous sa coupe parce qu’il me faisait du chantage et appuyait sur mes failles.


Certaines choses ont fait que maman a enfin compris que j’étais autant victime qu’elle et nous avons alors pris une décision radicale. Nous avons coupé les ponts avec lui début avril ; à partir de là, les problèmes ont commencé à être derrière nous. Mais moi, je n'étais plus tout à fait moi depuis la TSM. Mes plaies étaient toujours là, elles. D’ailleurs aujourd’hui, quand ma crise d’angoisse est trop intense, j’ai l’impression de me couper en deux. Quand la colère monte vraiment, ça dépasse tout. Ça dure dans le temps, ça s’alimente par des pensées et flashbacks pas très agréables, ça me brûle de l’intérieur et je ne me contente pas de la laisser éclater. Je réagis à l’inverse de ce que je suis vraiment.


C’est très compliqué à expliquer.


D’ailleurs, c’est une des raisons pour lesquelles j’ai horreur d’être saoule. Je peux boire un ou deux verres, mais me « bourrer la gueule », non. Parce que je deviens vulgaire, mais pas que. C’est cette autre partie de moi qui ressurgit et qui s’exprime, et pas de façon très, très jolie. Souvent, on conseille aux gens de se laisser aller avec l’alcool, que ça leur fera du bien. Pas moi. Quand c’est fini, je me sens encore plus mal, ça ne m’a pas soulagée du tout. Parce que ce n'était pas moi à ce moment-là. Au moins je ne frappe pas les gens, c’est déjà ça.


Il y a des choses aujourd'hui qui restent floues, certaines me reviennent sous forme de cauchemars ou terreurs nocturnes, je note quand je peux. Ou alors, elles me reviennent parfois quand je suis occupée à faire quelque chose.


(Tu te la racontes. Non.)


Quand je relisais mes journaux intimes datant d'avant 2006, ou même datant de 2009, avant novembre, j'avais l'impression que ce n'était pas la même personne, que ce n'était pas moi. Quand les gens qui me connaissent racontent certaines choses de mon passé, ce n’est pas moi non plus.


Maintenant ça va mieux, mais la reconnexion à cette partie émotionnelle, ces souvenirs, c’est laborieux (et le faire sous l’influence de l’alcool, non). Princesse Pantin, A.V.I.A et quelques petits textes épars en ont été les clés pour déverrouiller cette mémoire. Je les publierai sur mon site, dans la catégorie « des bris de moi », je préciserai à quoi cela fait référence. Pour certains, ils concernent aussi mon rapport à l’idéalisation, la façon dont je vis l’éloignement, la rupture d’amitiés, le fait que je ramène la faute à moi, me culpabilise d’en être responsable (alors que, bon…). Aussi, quand je commets une maladresse, quand je fais quelque chose de travers, j’ai beaucoup, beaucoup, beaucoup de mal à oublier. À me dire que ce n’est pas grave. J’y repense sans cesse et, souvent, je me dis que ça peut suffire à blesser suffisamment les gens pour qu’ils s’éloignent de moi. Je sais, c’est con.


(En même temps, j’ai été éduquée à penser comme ça depuis petite, de la part d’Absent, PN…)


En relisant ces textes, je me suis pris une gifle assez violente aussi : à plusieurs reprises, je parle de moi et de cette autre moi. Dans certains poèmes aussi, rédigés entre 2009 et 2010, voire plus tard. Voilà, c’est de ça que je parlais plus haut. Les court-circuitages, c’était de la dissociation, lol (ce n’est pas drôle).


Ah, mais dans mes dessins et peintures aussi, il y a moi et cette autre moi. Oui, parce que je représente souvent un personnage en double. Alors dans ma tête, je voulais représenter moi et une amie ensemble, ou moi et ma mère… D’un certain côté oui, c’était le cas, mais dans certaines toiles, c’est assez ambigu, on croirait voir deux facettes d’une même personne. Allez, encore une claque en pleine gueule, je n’avais pas fait gaffe à ça.


Je vais avoir des bleus plein les joues à force de m’en prendre. Comme des bleus plein les yeux. Ah oui, ça c’est une formule clé pour me comprendre. Les bleus de mes yeux, les yeux blues…


(Ce n’est pas faute qu’on me l’ait dit pourtant ; plusieurs fois, des proches ou même des inconnus m’en ont fait la remarque en me lisant ou en regardant mes toiles.)


Donc ma fascination pour les jumeaux, ce qui va par deux, ce qui se complète… Oh, oh, ah.


(Eh oui, ah.)


Le fait qu’Evana, je la vois avec deux apparences aussi. Ah. Ah, ha, ha, ha.


Avant 2009, avant ce moment où j’ai fait ma « TSM », je n’ai jamais eu de pertes de mémoire. J’ai en revanche eu depuis le début de mon adolescence ces sortes d’épisodes de dépersonnalisation/de dissociation partielle (à défaut de qualifier ça autrement). Bon, on ne va pas se mentir, les origines sont traumatiques. Est-ce que j’ai le trouble borderline ? Sur certains points, oui, mais sur d’autres, pas du tout. Je n’ai jamais essayé d’attenter à ma propre vie, je ne me suis jamais automutilée physiquement et n’ai jamais eu de comportements suicidaires à proprement parler, je n’ai jamais été addicte aux drogues, substances dangereuses – bon OK, lectures, jeux vidéo et rêveries à outrance, oui, est-ce qu’on classe ça dedans ? Il y a d’autres critères qui ne correspondent pas aussi.


La peur d’être abandonnée ? C’est ambigu. D’un côté, je vais dire non, je ne vais pas courir après les gens, et j’ai même tendance à me blinder tellement pour ne pas souffrir que je ressens une sorte de froideur, de détachement. Et à d’autres, c’est complètement l’inverse. Alors je ne sais pas répondre à cette question.


J’aime la solitude, je la recherche même. Il y a parfois où j’ai besoin d’être seule, où je me sens épuisée d’avoir eu trop de rapports sociaux. J’ai besoin de mon jardin secret. Je préfère être seule plutôt que mal accompagnée, mais quand je m’attache à quelqu’un, et que ce quelqu’un sort de ma vie, pour X ou Y raisons, j’ai très, très mal, et je me culpabilise. Je me dis que c’est ma faute, à cause de ce que je suis, de ce que j’ai fait ou pas fait.


Alors du coup…


(C’est ça, d’être deux.)


Par contre, depuis 2009, j’ai une amnésie traumatique, je pense (on se répèèèèèèèète). Je me demande si mon médecin ne faisait pas référence à ça quand il a parlé d’être prête à ouvrir la boîte de Pandore, quand il m’a diagnostiqué ma phobie sociale. Ouais non, il savait qu’il n’y avait pas que ça, mais effectivement, je n’étais pas prête du tout à l’entendre *rire nerveux*. Quant au fait que dans plusieurs de mes écrits, je fasse référence à une « autre moi », ben… C’est lié. Bon, je dérive encore, mais c’est habituel.


J’ai un truc avec le chiffre 3, mais aussi avec la notion de double (oh ben tiens, comme c’est étonnant !).


Trois hommes auraient pu incarner une figure paternelle : Absent, PN, et Gourou.


Trois hommes ont tenté de me manipuler pour arriver à leurs fins : PN, Gourou, Crapule.


Ils sont quatre, mais s’assemblent par trois pour certaines choses.


Je suis « double » – enfin, façon de parler –, en ayant quasiment conscience de tout, mais avec des souvenirs en moins et une identité assez mutilée.


4, c’est le double de 2.


Donc ouais, j’ai un problème, je ne sais pas ce que c’est, et je n’ai pas les cuillères de consulter des psys et des psys jusqu’à tomber sur le bon (ni l’argent).


Le fait que je reproche à certaines personnes d’avoir un double visage, ben… Et bim, une autre claque dans la gueule pour moi.


(Est-ce qu’on peut vraiment parler de double visage chez moi, alors que ce ne sont pas mes opinions qui changent, juste ma façon d’être et d’exprimer ces émotions qui me remplissent de trop, tout le temps, avec cette peur du vide, des ténèbres blanches, quitte à rester dans la lumière remplie d’ombres ?)


Bon par contre, je n’ai pas un dédoublement de la personnalité ou autre. Qu’on soit bien d’accord là-dessus. Je parle de déréalisation/dissociation, ne confondez pas avec d’autres troubles.


On va essayer de reprendre le fil, encore une fois.


Aujourd’hui, je suis fâchée avec ma voix, avec le chant, à cause de Gourou. Parce que sur la fin, j'avais l'impression que je chantais pour lui. Après avoir coupé les ponts avec lui, je ne pouvais plus chanter, ou même écouter certaines musiques sans « tout ramener à lui ». Et moi j'étais fâchée avec ma voix. Je le suis aujourd'hui encore, parce que je n'ai trouvé personne qui m'aidera à vraiment être en harmonie avec elle. Actuellement, je suis en roue libre avec le chant, j'ai une relation d'amour-haine. Je me définis comme « soprane », sauf que je n’ai trouvé personne pour me faire bosser ma voix en tant que « soprane ». J’ai peur de « casser les oreilles », j’ai l’impression qu’en fait ma voix est horrible, que PN avait raison. I-Doll, la partie 3 d’Evana, aborde tout cela. Même quand je suis seule, je ne chante pas. La « crainte » d’être entendue, même par les voisins, et qu’on se dise que c’est horrible. Je n’arrive pas à me débarrasser de ça. Je ne me sens plus libre.


(Et je ne le suis toujours pas, parce que je ne peux pas raconter comme je voudrais certaines choses. Je hurle.)

Plus jamais je ne pourrai voir un homme comme un père, c'est terminé. Je n'ai jamais eu de père, tout juste un géniteur.


(Ne m’attrapez pas la veste, ne me touchez pas.)


Reprenons le fil, car ce n’est pas fini. Oui, il y a Crapule, vous vous souvenez ? Il y a eu reprise de contact, avec un gros mea culpa de sa part. Il a changé, il était dans l’erreur, blabla. Gentille ou conne que je suis, je lui ai donné sa chance, mais cette fois, j’ai fait les choses bien. J’ai mis ma mère au courant, et je lui ai tout expliqué au préalable. J’ai veillé au grain. Quelque part, j’ai fait une expérience. J’en ai profité aussi pour aborder avec elle ma façon de voir la spiritualité. Je crois en beaucoup de choses malgré tout, sauf que je ne me précipite pas tête baissée vers la première théorie du complot venue.


Crapule s’est trouvé une compagne entre temps, de qui j’ai fait la connaissance. Lors d’un séjour chez lui, après être allée à la Japan Expo, j’ai rencontré deux hommes, dont un avec qui je suis encore en très bons termes aujourd’hui (nous sommes sortis ensemble, d’ailleurs), que je surnommerai Doudou. Comme chez certaines personnes que j’ai pu connaître au cours de ma vie, je sais qu’il y a un truc chez lui. Ce n’est pas rationnel, mais il a des dons. Bon, cela s’explique sans doute très bien, de façon zététique. À savoir qu’il a un passé lourd, douloureux, et il est conscient qu’il a encore des blessures psy à guérir. Quoi qu’il en soit, il y a quelque chose. Tout comme ma mère tirait les cartes aux gens sans jamais suivre aucun livret d’accompagnement, avec un jeu de tarot classique qui n’a rien de divinatoire et avec lequel on joue en soirée, et avait des flashs (d’ailleurs, elle a vu la mort de papi…), lui est capable de voir certaines choses aussi. Il y a aussi quelque chose lié à ces blessures psy, mais je ne me permettrai jamais d’en parler à sa place.


Concentrons-nous sur moi.


Crapule et sa compagne sont venus par la suite chez moi et ma mère, de même que Doudou. Nous avons pu remarquer au fur et à mesure du temps que Crapule n’essayait plus trop de m’embrigader dans ses délires, mais il le faisait avec ma mère et Doudou, par exemple. Alors qu’il était en couple, il draguait ma mère. Non merci, ça ira. Il a aussi tenté de me faire passer pour une gamine immature qui ne savait pas ce qu’était la vie. Ah, et il fallait que je coupe le cordon avec ma mère. Tiens, tiens, il y a comme un relent de déjà-vu, là…


J’ai fini par le prendre entre quatre yeux et par lui balancer mes quatre vérités. Ça ne lui a pas plu, évidemment, et je suis passée pour la manipulatrice. D’ailleurs, c’est marrant (non), mais les gens qui essaient de me modeler, de me mettre sous leur coupe, même de façon inconsciente, ils finissent toujours par rejeter la faute sur moi et me faire passer pour la manipulatrice. C’est un schéma vraiment récurrent.


C’est peut-être moi, le problème… Ben oui, soit je rejette la faute sur les autres, soit sur moi, sans aucune mesure.


(Bien sûr que oui, tu as un problème.)


Dans ce cas de figure, j’ai éprouvé les deux extrêmes : je me suis sentie soulagée d’un poids de couper les ponts avec Crapule, et j’ai quand même eu mal. Parce que je l’ai considéré malgré tout comme un frère de cœur.


Y en a un autre qui a eu ce titre, mais pareil, ça a mal fini, pour d’autres raisons. Oui, non, que ce soit la figure paternelle ou le frère de cœur… Je ne pourrai plus jamais en avoir, en fait.


(Je suis trop cassée pour ça.)


(On dirait que quand je parle, je suis la personne toxique. La faute aux autres, tout ça. C’est sans doute vrai, que je suis la personne toxique, la manipulatrice.)


Crapule a aussi sous-entendu que je n’y entendais rien à la spiritualité (ben voyons). J’aimerais revenir sur ce point-là : avec toutes ces expériences, je suis devenue encore plus méfiante que je ne l’étais de base. Plutôt que de m’embarquer dans les explications fumeuses sur la présence d’extraterrestres, de fantômes, d’anges ou je ne sais quoi, je cherche toujours une explication rationnelle, que j’ai trouvée presque à chaque fois. Oui, je l’ai déjà dit plus haut, je sais. Il y a des trucs qui restent énigmatiques, hors de ma portée. Je pense aussi qu’il existe bien quelque chose, sur un autre plan d’existence. Je crois en l’existence d’autres formes de vie sur d’autres planètes – dans notre système planétaire, dans d’autres, dans certains systèmes stellaires, autres galaxies, etc. Même si nous n’avons aucun moyen de le prouver, c’est une hypothèse plutôt plausible. Bref.


Il est trop facile pour des charlatans de s’emparer de cela pour causer du mal autour d’eux.


Il y a certaines choses où je suis en désaccord avec Doudou, d’ailleurs. À cause de Crapule, notamment, et d’autres faits dont je ne parlerai pas ici parce que c’est privé – en rapport avec son vécu justement –, Doudou a parfois dérapé côté spiritualité. Je ne lui en veux pas. Moi-même, malgré mes réticences, j’ai cru à certaines choses. Je pense à un épisode où j’ai vécu de nouveau de la dissociation sous hypnose… Ce n’était pas quelqu’un d’autre qui parlait à travers moi, mais la partie de moi qui surgit chaque fois que je fais face à un événement qui fait disjoncter mon cerveau – ben mon autre « moi », quoi. En plus de ce que j’ai déjà cité plus haut, des scènes d’engueulades entre proches, bagarres dans la rue de gens que je ne connais pas, ou quand on m’accule, peuvent aussi me faire disjoncter. Ce mécanisme de dissociation, je ne l’ai compris qu’il y a quelques mois encore. Eh oui, derrière une manifestation « spirituelle » se cache tout bêtement un mécanisme psychologique.


(Vous comprenez maintenant pour la « transe », pour le « nous ».)


Au passage, le fait de rêver éveillé, c’est une forme de dissociation aussi. Ça me suivra toute ma vie. C’est un besoin que je ressens, je le fais en musique ou en silence. Je le fais pour échapper à certaines situations ennuyeuses, sans jamais rien montrer. Je l’ai expliqué à plusieurs reprises plus haut. Je m’évadais de moi-même.


Ma fascination pour le rêve vient de là aussi. L’exploiter dans l’écriture de diverses façons n’est pas anodin.


Après, je crois n’avoir jamais causé de tort à personne avec ma conception de la spiritualité… parce que je m’y refuse très fort. Avec des amis, parfois, nous discutons de toutes ces choses-là. Je vais donner un exemple, ce sera plus parlant. Je suis capable de percevoir l’aura des gens, de donner leur couleur, de la voir, et de dire ce que je ressens. Je ne me réfère à aucun « manuel » et me base uniquement sur mes propres observations.


En fait, ça rentre dans la synesthésie – je n’y ai pas pensé jusqu’à ce qu’unæ mutu me le fasse remarquer ; d’ailleurs, j’associe une musique à une couleur, à un goût parfois. Les mots ont une couleur pour moi aussi. Tout cela, cela se voit dans Evana : le cœur indigo, la conscience turquoise, l’esprit pourpre… Dans la même veine, il m’est arrivé d’avoir des rêves assez particuliers, qu’il me faut décrypter, car ils ont toujours quelque chose à m’apprendre sur mon état du moment, sur le monde autour de moi. J’en parlais plus haut, déjà, à propos de mes rêves « à suite » par exemple. C’est de la psychologie, quelque part. C’est devenu mon terreau pour mes histoires, je l’ai déjà dit. Notamment pour Spiritès – vivement que je reprenne ce projet.


Quand on me demande des conseils, de faire certaines choses, je refuse. En discuter, en débattre, pas de souci, mais je ne vais pas plus loin. Il vaut mieux que les gens se construisent leur propre avis. Je mets en garde aussi sur les articles, vidéos, ou livres alléchants qui étalent des corrélations trop faciles en rejetant la science – ou en usant seulement de certaines hypothèses qui vont dans leur sens, ou en les interprétant à leur sauce. Je pense à Jacques Grimault et son film sur les pyramides, d’ailleurs, c’est un exemple parfait de ce qu’il ne faut surtout pas faire.


Il n’y a pas que mon projet Evana qui est basé sur mon vécu : Spiritès, que je surnomme ma « Tour Sombre » – en référence à l’œuvre de Stephen King –, est une saga sur laquelle je travaille depuis mes seize ans au moins. Eh oui. La spiritualité, les rêves, je réutilise mes réflexions, « expériences », ressentis, pour construire tout un univers derrière. La Mouverêve, pour le côté magie et rêves aussi. Le pire est qu’à chaque fois, à chaque genèse, c’était inconscient.


Maintenant, je l’assume.


Crapule a tenté de mettre le nez dans Spiritès, de m’influencer sur ce projet. D’autres ont essayé. Personne n’y est jamais arrivé. Je suis têtue, obtuse, tout ce que vous voulez, mais si certaines personnes arrivent parfois à me manipuler, j’ai toujours ce petit signal d’alarme au fond de ma tête au bout d’un moment.


Il y a une raison pour laquelle c’est toujours difficile pour moi de me plonger dans un projet, même si j’adore écrire : c’est lié à mon vécu. Dit comme ça, on dirait que je n’ai aucun bon souvenir. Ce n’est pas ce que j’insinue. D’ailleurs, je m’inspire aussi des moments heureux de ma vie, ou rocambolesques. Simplement, il faut aussi accepter – que j’accepte – le fait que mes traumas, même apaisés avec le temps, composent une partie de ma plume. Si comme beaucoup de gens, écrire me permettait de me soulager, au fil du temps, ça a pris une autre dimension, plus profonde, et je n’en étais pas forcément consciente.


Pourquoi publier cet article, alors que depuis toujours, j’ai toujours voulu tout cacher, tout étouffer ? Ne pas être comprise par n’importe qui ? Des personnes malveillantes pourraient tomber dessus et s’en servir contre moi. Crapule, Gourou, ou même d’autres personnes ont tenté de me psychanalyser contre mon gré, de « lire en moi », et à chaque fois, ça a mal fini. Je sais aussi que j’ai mes torts : moi-même, j’ai reproduit ce qu’on m’a fait subir (donc psychanalyser les gens, etc.). Enfin ça, c’était surtout pendant la période du lycée et la période étudiante. J’ai un don pour décrypter des attitudes, des paroles, des écrits, j’ai une grande capacité d’observation (je l’ai déjà dit). Après, je m’en suis mal servie, et aujourd’hui, cela reste machinal, mais je garde ça pour moi. Je n’ai pas envie que les gens qui m’entourent se sentent mal à l’aise, envahis, et je refuse de pénétrer plus dans leur bulle privée.


(Ne me touchez pas, ne me psychanalysez pas. Ça va très mal finir, vraiment. Ne faites pas ça.)


Pourquoi publier ces mots, alors ? Je ne veux plus avoir peur, en fait. Et je ne veux plus être niée. Pour les personnes que ça dérange, qui pensent que j’étale mon linge sale en public, non. Je ne vous laisserai pas dire ça. Je ne vous laisserai pas non plus me faire taire. En plus, je ne suis même pas libre de le faire comme je veux, parce que la loi protège les bourreaux.


On m’a assez répété que je devais « rester à ma place ». Ça suffit ! VOUS, restez à votre place et cessez juste de me balancer ces mots, de prétendre que vous savez mieux que moi ! Cessez de voir des sous-entendus là où il n’y en a pas et, quand je parle à cœur ouvert, je vous interdis de me dire que je n’aurais pas dû !


Je ne suis pas une menteuse !


Je vous interdis de dire qu’il y a plus grave. Parce que je commence à peine à accepter que j’ai été brisée ! Oui, je suis résiliente. Seulement, pour trouver un équilibre – je n’emploie pas le mot « guérir », parce que je dois apprendre à vivre avec ça, surtout –, tout taire, me dire que le temps apaisera tout, que c’est du passé, que je radote…


C’est la première fois que je parle comme ça. Vous ne pouvez pas dire le contraire.


Et je crierai jusqu’à ce que ce soit bon, surtout que je ne demande à personne de supporter mon fardeau.


Après tout ça, j’ai vécu d’autres coups durs, dont un qui m’a fait plonger, connaître le burn-out, à mes vingt-cinq ans – cf. deux articles consacrés à ces sujets, et qui expliquent pourquoi je n’ai pas continué dans l’enseignement. À vingt-neuf ans, j’étais prête à vraiment tout lâcher. Je n’avais ma place nulle part, je me sentais inutile. Certaines personnes me le faisaient comprendre. « fainéante », « assistée »… Oui, je suis désolée, mais ça me marquera toute ma vie, ça. Je n’ai eu aucune excuse, et ça pour moi, c’est impardonnable.

Tu peux dire ou faire des choses cruelles, les penser à un instant T. Seulement, si après tu ne t’excuses pas, ben… Non, je ne peux pas, en fait. Quand tu blesses quelqu’un, ton orgueil, ta fierté ou autre, tu te le carres où je pense et tu t’excuses.


Moi, je me suis trop excusée, souvent pour des choses dont je n’étais pas responsable.


Enfin bon, de toute façon, à quoi ça sert que je le dise, tout ça ? Est-ce de la rancœur ? Peut-être. Ça ne fera jamais prendre conscience aux personnes concernées à quel point elles m’ont blessée, à quel point elles sont responsables en partie de mon état. Parce que dans mes moments de down, si j’arrive à aller trouver très difficilement mes ami.e.s pour leur dire que ça ne va pas, ce n’est pas systématique.


Alors du coup je me blesse moi-même intérieurement. J’essaie de tuer encore une fois cette autre moi qui souffre et qui devrait la fermer.


(Personne ne veut de moi.)


Je ne sais pas trop comment ni pourquoi je me suis accrochée. Alors oui, il y a ma mère, mes ami.e.s, etc. Sauf que j’étais à un point où je me sentais vraiment, mais vraiment inutile, un fardeau pour les autres. Surtout pour ma mère.


Spoiler alert ; je passe encore par des phases comme ça, la dernière en date n’est pas si vieille : début février 2022. Désolée, maman, si tu lis ces mots. Et pour le reste, tu savais que ça finirait par sortir un jour, et pas de façon très jolie.


Je ne veux pas entendre de « ces choses-là, ça ne se dit pas, tu n’aurais pas dû faire ça ». Je ne veux pas entendre de « tu as remué la merde, Justine ». J’ai besoin d’être soutenue, pas d’être culpabilisée parce que j’ai décidé de dénoncer les actes de quatre hommes parmi d’autres. Quatre hommes qui trouveront des gens pour les défendre, sans l’ombre d’un doute.


Je sais que je passerai par d’autres moments comme ça (ah ben la preuve au-dessus). Je connaîtrai d’autres coups durs. La dépression, le fait d’être brisée comme je le suis, je dois vivre avec ça. Guérir et « redevenir comme avant », ce n’est pas possible.


Je veux juste pouvoir vivre avec ça, entourée des bonnes personnes.


Aller voir un psy, je ne peux pas. Parce que je suis toute seule et qu’entreprendre toute démarche médicale, seule, je n’en ai pas la force.


Je préfère souffrir en silence.


Je suis paradoxale, tant pis.


Je sais que je ne suis pas « nette », ça ne date pas d’hier. Gardez votre psychophobie et laissez-moi tranquille.


Oh, à ce propos : je sais que je n’ai pas toujours eu un comportement exemplaire sur d’autres points, que je n’ai pas évoqués dans cette lettre. Souvent, j’ai blâmé les gens d’être des girouettes, de changer d’avis selon le vent qui tourne. Moi, j’ai eu des propos et comportements psychophobes, validistes aussi. Le fait de reprocher aux gens d’être des girouettes, dans certains cas, j’aurais dû m’abstenir. On ne connaît pas le vécu des gens ni ce qu’il se passe dans leur tête. Il peut arriver qu’en raison de leur santé mentale pas au top, certaines personnes soient chaotiques sans le vouloir, et ce n’est pas de l’hypocrisie. Je suis quasiment sûre que ça m’est arrivée aussi, d’ailleurs.


Aujourd’hui, j’essaie de faire attention, même si je dois dire que mon instinct me trompe peu. Mais comme je suis assez conne pour donner des deuxièmes, voire des troisièmes chances aux gens, que je me bats contre cette idée peut-être fausse que la première impression est toujours la bonne. Pourquoi ? Parce qu’il y a des personnes qui m’ont été ou me sont encore très proches, si elles avaient écouté leur intuition à propos de moi, elles me détesteraient. Parce que moi, j’ai une carapace blindée, et je peux passer pour une personne hautaine, froide, ou alors pour une personne douce, trop naïve, trop gentille – ce sont des propos qu’on m’a ressortis. Ça souligne évidemment mon ambivalence, le fait de renvoyer un double signal. Est-ce que je joue un double-Je, double J ? Sur ces jeux de mots en apparence anodins, je vous laisse réfléchir à cette question.


(Et ça me fait comme un coup de poignard au cœur, double-Je et double-J.)


Les anthroposophes, personnes avec des comportements de secte, brouteurs, manipulateurs et compagnie : ne perdez pas votre temps avec moi.


(Parce que même si vous parvenez à m’arnaquer, à m’avoir, vous le paierez cher, très, très cher. Je peux être très mauvaise comme personne.)


Il n’est pas question non plus de me « complaire dans mon malheur ». Si vous pensez ça après la lecture de cette lettre ouverte, ma foi…


Si vous avez été jusqu’au bout, je vous en remercie. À ce stade, cela ferait un synopsis de roman complètement perché, improbable.


Pourtant, c’est une partie de mon vécu. Eh bien, qu’il en soit ainsi : je suis comme Clara Oswald, la « fille impossible ».


Je suis double J.




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