Doit-on mériter les livres que l’on lit ?



Crédit photo : by me. Et ce superbe lion, vous savez ce qu'il en pense, haha.


Donc : doit-on mériter les livres que l'on lit ?


Réponse : non. Fin.

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Revenez, enfin ! Je vais m’expliquer…


Bon. Alors, après les romans populaires VS la Littérature classique, la poésie classique vs poésie en prose (si, si, c’est très drôle. Un jour, je vous en parlerai), la romance vs les autres genres, être auteurice pro vs amateurice, voilà que l’on a maintenant ça.


Une autrice, Jo Riley Black, s’est retrouvée face à une personne qui a osé lui sortir que « Certains livres doivent se mériter pour être lus ». En gros, il y a des lecteurices qui ne devraient même pas envisager de les lire, qu’ils en sont indignes. J’ai éclaté de rire en me demandant si c’était une blague. Une très, très mauvaise blague.


Cela m’a aussi rappelé une anecdote personnelle, vécu il y a plus de treize ans : j’étais à l’époque beaucoup plus axée sur la poésie et étais inscrite sur divers sites et forums. Sur l’un d’eux, nommé « Outrerêve » – il existe toujours, j’ai été vérifier –, j’avais lu un poème d’une internaute et l’avait commenté. En substance, mon commentaire était un peu plus détaillé que les autres et j’avais expliqué ce que ce poème m’inspirait, ce que j’avais compris. Toute interprétation d’un poème est assez personnelle, même si l’auteurice a souhaité insérer certains messages. La personne m’a répondu.


Aaaaah, je n’ai pas été déçue du voyage.


Avec tout le mépris et la condescendance dont elle pouvait faire preuve, elle m’a expliqué que j’étais à côté de la plaque, que des commentaires comme le mien, elle s’en passerait bien, inutiles qu’ils sont. De plus, pour vraiment comprendre son poème, il faut « avoir les bonnes clés ». Donc, en quelques lignes dans un français bien racé, elle m’a cataloguée comme étant : attardée, inculte, manante, et j’en passe.


Je dois vous dire qu’après m’être sentie mal et m’être interrogée sur toutes ces « qualités » dont elle m’avait affublée, la colère m’a saisie. De quel droit se permet-on d’être aussi pédant envers les lecteurices ? Je crois que je lui avais répondu, dans un français tout aussi racé que le sien. Oui, mon impulsivité m’a poussée à lui renvoyer la balle. J’ai conclu ma prose en arguant que si l’on ne souhaitait pas recevoir de commentaires, mieux valait soit bloquer les réponses, soit ne pas poster du tout.


Toute personne qui se montre supérieure à moi se retrouve bien mouchée quand je lui réponds, surtout que sous la colère, je me retrouve à utiliser un vocabulaire assez soutenu. Cela surprend et ferme le clapet de certaines personnes, sans vouloir me jeter des fleurs.


Pour revenir au sujet initial, voilà mon ressenti : devant certains livres, je me suis demandée si je méritais de les lire, si j’étais assez intelligente pour en comprendre la substance. Je pense que je ne suis pas la seule…

Que nous nous interrogions, c’est plutôt normal et légitime. En revanche, qu’il y ait des personnes qui en soient convaincues – celles qui se considèrent supérieures, s’entend –, là par contre, on ne va pas être d’accord.


Alors attention, je ne parle pas de refourguer un livre pour adultes entre les mains d’un enfant, pour partir dans les extrêmes. Je ne fais pas allusion à la signalétique des âges. Je parle bien de livres qui ne devraient être lus que par une certaine « élite »… Si vous avez lu mon article précédent sur l’élitisme, vous savez que je ne fustige pas les personnes étant nées dans les milieux aisées et que même des personnes issues d’une caste bien plus modeste peuvent se montrer supérieures, méprisantes, pédantes et tout ce qui s’ensuit.


Oui, il y a certaines personnes qui se prétendent issues d’une élite (qu’ils construisent dans leur tête avec des arguments bien pétés) et qui s’arrogent le droit de dire qu’elles seules savent ce qu’il y a de mieux pour tel groupe, tel autre. Donc que certains livres se méritent.


Si j’écoutais ces personnes, moi, Justine, issue de la classe ouvrière, avec un parcours scolaire où le nivellement par le bas est roi, je ne devrais même pas poser les yeux sur ces œuvres. Je n’y entendrais rien, je n’ai pas les bonnes clés et/ou je suis trop stupide, je suis une femme et j’ai autre chose à faire, comme pondre des gosses. Pardon, excusez-moi ? Penser cela en 2022 ? Y en a-t-il qui ont oublié leur cerveau à la naissance ? Sérieusement, on en est encore là ? Ce seront bientôt les mêmes qui hurleront à la censure et argueront que « l’on ne peut plus rien dire » ? Oups pardon, j’ai dérapé.


Vous allez finir par vous dire que je râle souvent dans mes articles, mais en même temps, ça fait 32 ans que je vrille face à l’injustice. Pensez-vous qu’en vieillissant, je vais finir par l’accepter ? Hahahahaha, elle est bien bonne, celle-là…


Lisez ce que vous voulez. Pas besoin de sortir de Saint-Cyr ou d’avoir un pedigree nec plus ultra pour cela. Il existe des œuvres plus difficiles que d’autres, dont le(s) message(s) ne transparaissent pas à la première lecture. Il y a des œuvres pas faites pour nous non pas sur la base de l’intelligence de læ lecteurice, mais à cause de certains TW (trigger warning) par exemple ou selon ses goûts.


Une personne ne lira pas de fantasy si elle n’aime pas ça.


Une personne ne lira pas de contenu avec de la violence si elle y est trop sensible.


Quoi qu’il en soit, même dans ces cas-là, le fait de « mériter » est claqué au sol. Rien à voir, aucun mérite là-dedans.


Si une personne n’a pas compris le message d’un livre/n’a pas aimé ce livre, ce n’est pas parce qu’elle est stupide.


C’est bon, le message est rentré ?


Parce qu’il y a cela aussi : dès l’instant où l’on critique une certaine œuvre littéraire renommée, on ne la mérite pas ? Au nom de quoi, s’il vous plaît ? A l’inverse, critiquer les genres que l’on déteste et les rabaisser, ce n’est guère mieux.


Je reprends un autre exemple tiré de mon vécu : j’avais un ami, à la fac. Je le considérais comme un frère de cœur. Il ne lisait pas plus que ça, mais écoutait de tout, regardait de tout. Il était plutôt ouvert d’esprit (ou alors, il m’a bien trompée).


Quand nos chemins se sont séparés au master (nous avons suivi des cursus et des établissements différents), il a changé. Il est devenu plus critique, plus élitiste d’une certaine manière. Quand je dis élitiste ici, c’est qu’il affirmait ses goûts et choisissait ce qu’il y avait de mieux pour lui. Rien de mal à cela.


Ce que je n’ai pas aimé, c’est qu’il critique ce qu’il jugeait mauvais. Il ne se contentait pas de dire qu’il n’aimait pas, non. Il clamait que c’était « de la merde », notamment la fantasy, qui est un « ramassis de plagiat et de commercial ». Ce n’est pas entendable, ce n’est pas acceptable de tenir de tels propos quand on se prétend cultivé.


Quand je lui ai dit qu’alors mes histoires pouvaient être classées dedans, il s’est rebiffé. « Ah, non mais toi, c’est pas pareil. »


Compte tenu de ses critiques de plus en plus virulentes envers mes centres d’intérêt, et aussi de griefs personnels et de non-dits, j’ai coupé les ponts avec lui. Je ne peux côtoyer des personnes aussi fermées d’esprit, qui passent leur temps à se montrer imbuvables. Je tiens à préciser aussi qu’il est issu tout comme moi d’un milieu ouvrier – et cela illustre parfaitement ce que je disais sur l’élitisme.


Voilà, c’est tout pour moi.


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