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Moi, Culpa

 

Tu émerges parmi les flammeroles diaphanes et la nausée te saisit aussitôt avant que tu t'en éloignes sans reprendre ton souffle. Un peu plus, et ces morceaux de ténèbres se seraient agglutinées sur toi. Après, peut-être que tu aurais dû te laisser faire ; la jeteuse de torts, c'est toi.

Non.

Tu contemples d'un œil éteint ces bois dont l'obscurité ambiante t'aveugle. Le gel s'empare de chacun de tes membres et te paralyse sous forme de statue. Tes dents s'entrechoquent, tu resserres les bras contre ta poitrine.

Halte-là, cesse donc, Causette.

Ou plutôt, Culpa.

Ta goule.

Sortir de cette forêt te coûtera un brin de lucidité. Tu n'es plus à ça près et c'est la dernière chose qui te tracasse, te fracasse contre les barreaux de ta cage de conscience. Non seulement tu accables, mais en plus tu implores le pardon à ta Gaïa... Tu fais quelques pas et tu chus.

Chut.

Bout laid, tu fais des ravages. Tu crois que tu te bats, mais tu t'accuses d'une crise de puberté. Avant, c'était le Père de famille. Maintenant qu'il a été écarté de ton chemin, tu as tendance à te punir de ce que tu as fait plus tôt. Tu t'es réveillée en plein milieu de ces bois, mais entre temps, tu as blessé ta Gaïa.

Mais tu as prouvé ta force.

Tu fermes tes paupières de pantin désarticulé. Tu repenses à cet air que tu as entendu avant de reprendre conscience, dont le nom reste gravé dans le creux de la larme. Un nom qui chante encore sa dislocation en majeur sur fugue mineure – en noir et mort pour les plus intimes.

 

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O

Je suis un papillon éclaté
À qui l’on a arraché les ailes
Savez-vous que la cruauté
Asservit tous les sens des mortels ?


Magma de fusions en cataplasmes brûlants

 

oOo

O

 

SWIIIP !

Sans comprendre, tu te retrouves étendue sur le dos, dans une clairière que tu ne contemples pas. C'est la voûte céleste qui t'assaille de ses regards vrillants. Éclats sur jupons d'encre, tu marmonnes un « aïe » distrait. Tes os protestent, mais tu n'as pas demandé à glisser sur cette couche de glace qui...

Tu tournes la tête et poses une main sur la surface ombreuse piquetée de pâles lueurs, qui se déploie sous ton corps. Cette eau gelée est si cristalline qu'elle s'est prise pour une psyché du ciel.

Tu essaies de te relever et ton crâne vibre de ce chant fangrotasque (1).

 

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O


Douleurs d’outre-tombe arrachant ma conscience
Je sens mes doigts se déplier contre une surface de vair
Remplie de Cendrillon en détresse et de vieux rêves brisés
J’ai mal à laisser mes artères s’épanouir en concert
Pour mieux exhaler cette horreur qui me possède
Je voudrais tellement que tout cela cesse
Comme à une fin du monde organisée en douceur
Je me sens affaiblie à coups de lames traîtresses
Mon corps chute à une vitesse exponentielle sur les gravats
Des fleurs que j’avais plantées sur mon ciel
Pour mes étoiles merveilleuses mais trop enfantines
J’ai tant envie de laisser mes yeux mourir en soieries
Pour qu’enfin l’on puisse contempler au travers

 

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O

 

Hébétée, tu  dardes tes yeux en haut puis en bas. Si tu avais épousé la religion, tu croirais que le Paradis et l'Enfer ne sont que des reflets. Ils sont identiques, mais rigoureusement inversés. Tu secoues la tête. Tes pensées sont vraiment idiotes, tu n'as vraiment rien d'autre à faire ? Et Gaïa, dans tout ceci ?

 

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O


Mon sel et mes combats vains de sang et de misère
J’hurle mes symphonies sans que l’on m’enterre
On exhume simplement la terre sur mes cris de chœur
Mes cils se ferment au monde et à l’envers
Je ne veux plus regarder ces choses qui n’existent pas
Je voudrais simplement que l’on me laisse
Dans mon propre noir et mes faiblesses

 

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O

 

C'est terminé, tu t'es relevée. Tu n'as plus de contes à rendre.

 

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O

 
Toute seule l’âme ne sait plus où rougeoyer
Elle aime s’arracher sur quelques bris de glace
En attendant un Soleil qui n’exulte plus
En souhaitant que la rivière la fasse sienne
Pour se couler avec le Temps sans souffle
Pour mieux dormir en Belle et en Mort

 

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O

 

Tu quémandes des conseils et tu entends tout et son contraire. T'éloigner, la soutenir, la presque renier, la prendre dans tes bras... Eh ! Tu es peut-être un bout laid un peu attardé, mais pas au point de non-retour. Tu as des défauts, des qualités, mais tu n'es ni une menteuse ni une aveuglée ni bête à pleurer. Les ténèbres blanches les entourent d'un peu trop près et les lumières mortes claquent au bout de leurs prunelles. Pourtant, tu trouves le courage de leur signifier que tu ne les comprends pas ; soit ils se taisent, soit ils doivent être plus clairs. Ce n'est pas la Lune ni le Soleil que tu exiges, si ?

Tes réponses, tu les as. Tu te connais mieux qu'ils ne l'imaginent.

Tu n'as pas oublié qui tu es vraiment. Ton nom peut sortir de sa chrysalide et opérer sa métamorphose.

Toi, Culpa, es Résilia.

J. (2017)

(1) Mélange de « grotesque » et de « fantasque ».