Gradient

Blued

 

À certains moments, quand tu y penses, tu te dis que le bleu au fond des yeux coulerait aussi bien que le sang si c’était possible.

Les mots sont encore présents en toi, mais tu ne peux effacer ce qui a été gravé. Pourtant, tu résistes.

Longtemps tu te taisais et t’efforçais d’aider au mieux les personnes qui t’entouraient. Peu importe les ténèbres blanches ou les ombres lumineuses. Finalement, plus rien n’avait de secrets pour toi, tout comme le Tout en recelait tant.

Ton orgueil représente ce que tu n’aimes pas en toi, mais tu ne peux l’empêcher de se manifester pour te protéger quand tu as atteint tes limites. Elles se concrétisent lorsque tu es plaquée contre elles par des personnes que tu pensais bienveillantes, qui croient l’être. Tu trembles.

Encore une fois, c’est toi la traîtresse.

Les épaules basses, tu contemples tes prunelles. C’est en elles que les bleus se terrent, blessures que tu maintiens fermées parce qu’elles dérangent les autres ainsi que toi-même. Tu en perds ton souffle, tu ne parviens pas à laisser les mots s’épancher. Le papier ne te jugera jamais, mais tu doutes. Les ombres pâles te collent à la peau, les lueurs d’ébène te révèlent tes propres chemins.

Cet ego que tu sens si faible grandit lorsque le danger te guette. Rien ne peut contredire ses causes et ses conséquences. Il te sauve de toi-même lorsque tu chutes.

Chut. Plains-toi enfin un peu.

Tu retournes sur tes pas, hésites, puis décides d’avancer plutôt. Derrière toi, un liquide sombre ou pâle selon l’angle de vue s’écoule sous forme de gouttes brumeuses. Tu te sens blued, et c’est un état qui te colle à la peau chaque fois que tu te relèves.

J. (2017)