Gradient

Aimer quand m'aime* (20 ans)

Tous ces mots carmin gravés au couteau
Que j’inscris sans fin sur ma chair d’humaine
Je les évanouis, mutile sur peau
Jusqu’à temps qu’enfin cesse cette peine

Et je crache au sol du sel de l’enfer
Celui de mes os supportant le froid
De remords présents jusqu’au creux en verre
De mes nuits rougies du sang de ma croix

Je m’abhorre vraiment, sous mes oripeaux
Un monstre a éclos en mon sein de haine
Je suis façonnée d’empoisonnés maux
Telle que l’on me voit, le plomb dans mes veines

Je suis à vos yeux rongés par l’amer
Devenue enfin celle qui de droit
A pour seul devoir de maudire son air
Et son âme bleue noircie de désarroi

Mais je vous aime quand (on) m’aime…

© Lunastrelle

Et va, nais sens... (20 ans)

Pour les larmes d'une rose
Je serai prête à donner la soie de ma vie pâle
Pour mieux vous montrer, mes écrans de fumées aux essences astrales...
Pour les larmes d'une rose
Je serai capable d'écorcher les poignets de glace
De mes mots usés sur le fil de ma vie, pour les faire revivre et espérer sur vos traces...

Pour les cendres d'une rose
Je me suis échinée à recouvrir mon corps
D'une matière au zéro infini, ensanglantée en sa matrice mère d'espoir...
Pour les cendres d'une rose
J'ai été jusqu'à m'élucider encore et encore
Sur les voies perdues, à m'en perdre sur un minuscule feu d'un antique rasoir...

Pour le sang d'une rose
Ma nuit inconsciente s'est laissée glisser
Sur les peaux en écorces oranges de Terre-Lune, alanguies de songes tortueux...
Pour le sang d'une rose
Mon suicide me sauva pour m'immoler
Aux senteurs immortelles, rafraîchies à la pointe de mes yeux...

© Lunastrelle

(Vivre pour promettre) (20 ans)


J’aurais tellement voulu que tout s’achève
En un sommeil aux aubes légères
Teintées de rouge bordeaux
Et pour finir ce tableau
J’aurais même accepté
Une petite souffrance en cœur
Et une aiguille plantée dans la peur
Mais rien n’est idéal, pas même la souffrance
On ne choisit pas ses moments, ni ses maux
Même embués de lys et d’honneur
Pour mieux être menteur
Je ne sais comment mon être tient debout
Dépouillé d’insouciance et de squelette
Violacé d’un feu glacé
Dévorant son humanité
L’horreur et l’heure me retiennent encore
Lâche face à la mort
Le dos ployé pour hurler
Une promesse en fait partie, mais ce détail est inutile
Mes yeux ne sont que folie
Elle qui y croit encore
Alors que l’autre s’endort
Sur l’écrin d’un feu divin
Je le sais au fond de mes entrailles bleues
Et nouées de serments trop vieux
Vivre pour promettre
C’est se condamner
Se trahir soi-même…
Mais je le fais
Mais je me tais
L’épée à la main
L’âme dans l’autre
Parce que je veux prouver que l’humain
Malgré l’argile qui le consume
Même avec une plume de poète cassée
Et avec son Yin et son Yang brutalisés
Peut faire autre chose que les pleurer
Ces promesses qu’on ne tient jamais…


© Lunastrelle