Gradient

À l'encre des océans de sang (17 ans)

 

Ce soir-là, à la lumière du soleil artificiel au-dessus de ma tête, j’ai pris mon cœur pour le vider sur papier…
 

La plume dans l’encrier…

Tout au bord de mes mains sanglantes d’eaux salées
Je tiens mon cœur vivant, palpitant d’hurlements
Je le serre à l’extase entre mes doigts cinglants
D’épines de cris noirs au rythme des marées

Rouges de pourpres sanguines

De ça
De ce fatras de bois
De chair humaine
Crachant sur le sol inerte
Se renversant dans ses larmes


Il fredonne en douleur, organe gémissant
De peur soufflée au bleu de mes veines glacées
Par ce blizzard latent où je me suis drapée
Je l’étripe à l’enfer de ton masque d’argent

…Une légende…
Il était une fois une légende
…De fer…
Enfermée derrière un visage de fer
…Souffrit…
Dont la mort souffrit

Ecorchés d’ongles d’âme il suppure de vents
Courant allègrement sur mes yeux enchaînés
Aux cascades de la symphonie des sang ans


S pectrale indignité présente !
I mmortelle au-delà des temps
L armoyant de fleurs aux peaux cendrées
E xcisant l’esprit de l’Innocence
N e comprenant plus rien, sauf
C ouchée sur sa tombe de terre
E nneigée par les pleurs d’un Ange

A mnésique évanescence
S olitaire cherchant le réveil
T errible déception
R uisselante de glace
A nimée d’un feu encastré
L e long de sa robe de mortelle

 

…Une légende…

Il était une fois une légende

…De fer…

Enfermée derrière un visage de fer

…Souffrit…

Dont la mort souffrit


Un fragment de mon être, atrophié et tremblant
Que j’ai semé en moi, que j’ai exorcisé
Tu sauras, à l’encre des océans de sang.


Et j’ai reposé la plume face aux croix de soufre, dont l’effet était dissolu.

 

…Une légende…

Il était une fois une légende

…De fer…

Enfermée derrière un visage de fer

…Souffrit…

Dont la mort souffrit


La tête penchée
J’ai hurlé pour que mes lettres
Soient d’encre marine

Et puis j’ai tremblé, mon cœur aussi ; j’ai même pas pleuré, mais mon cœur si.

Et…

Il suffirait de répandre tout le sang humain pour faire des océans rouges.

© Lunastrelle



 

Ether (n) Elle... (19 ans)


Doucement, dans les brumes pâles et silencieuses vivant ici-bas, dans ce refuge à peine effleuré par les hommes...

Elle avance, le corps arqué vers le ciel

Immensité relative du Vide

Aux mains de pierres

Aux lèvres de fer…

Les fleurs de ses cheveux s’ouvrent, aussi rouges qu’une goutte de sang ronde étalée sur un solstice

Éphémère feuille

Automne hivernal

Et Printemps estival…

Un rayon de soleil s’échappe des nuages et les caresse

Il se passe un moment avant qu’un chant nostalgique, mais pourtant bien présent, s’élève avec fragilité, et soulève la robe blanche sous la toge bleu-nuit de la jeune femme

Notes penchées vers le cœur de la courbe

A l’asymptote de son immensité

Sa puissance

Sa beauté

Sa conscience d’être

La foudre est d'éther, elle est Elle.

Le front cintré de lianes, et le cœur enlacé par les cheveux de mère Nature, elle ouvre les yeux.

Un ange passe, et cueille son sourire.


© Lunastrelle

Lunajune (18 ans)

Un goût sucré
Comme le caramel en osmose avec l’émail de nos vies
Un doux sentier
Où se perd l’écueil de mes jeunes et amères lubies…

(Tout a changé en l’espace de tremblements de secondes)

Je me suis assise
J’ai regardé la mer respirer, poumons liquides de la Terre
Je me suis endormie
J’ai vu alors le ciel de mes rêves m’assombrir de soleil éphémère

(Qu’est ce cette lueur ?)

Mes doigts, tremblent, ils aimeraient saisir cet instant
Où tout se dissout en recommencement sans ébats
Qui suis-je, j’aimerais en cœur de menthe ardent
Qui es-tu, petite fée perdue sur l’arche de tes soupirs las ?

Lunajune... Larmes fanant au Juin des saisons

C’est si difficile
De consolider ses peines en argent de feu
Et c’est si fragile
De laisser courir ces bulles de chants éclipsés

J’ai à peine saisi
L’instant du raisin en éclosion de ses mains
Tu sais non fini
L’instant où tout se consolide en doigts pèlerins

Je ne calcule plus
Les ponts au-dessus de mes mots ouverts
Je ne bouge plus
Aucun sens pour que s’envole l’éther

Lunajune, petite Lunajune…
« Qu’y a-t-il ? Ce nom m’est familier »
Regarde en bas
« Je suis aveugle à l'envers de mon identité

La lune sait-elle qui je suis ? »

Au moment fatal
Où s’effondrera toute dérision acérée
Naissance vitale
De toute perception antique édulcorée

« Qui suis-je ? »
Tu te répètes en de si nombreuses boucles infinies, tu le sens au fond de toi
« On dirait que je suis ce moment où renaît le Soleil et la Lune ensemble »
Pourtant, tu es Fleur d'Avril, mais tes soleils en larmes chantent à la lune...


Je suis
Et j’aime


(En myriades de battements)

Ombre Elle... (19 ans)

Et si au fond de ton coeur
S'accrochait un bout de femme
Elle qui se bat en pleurs
Pour faire don de son âme

Est ce que l'or de tes yeux
Reviendrait comme l'Avant
Que je crie, appelle Dieux*
Vision ténue d'un feu blanc

Et si ton corps s'exilait
Torrent noir de haine mie
Molle peau couleur de lait
Je hurlerai à la lie

Comment l'horreur peut jouer
Aussi bien de ce violon
Qui tapit en mes contrées
Brodé de fer et d'argon

Et si ton poing pour de bon
S'abattait sur mon visage
Je vivrais, sous ce pardon
Pour rendre vif ton courage

© Lunastrelle

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A mon miroir âmal (20 ans)

Sous l’iris affaibli, entoilé de poussière,
Survit le sang du temps dont l’esprit est murmure.
Pourtant, sur le versant de la montagne bleue,
L’Aube pulse d’argent, emprisonnant mes yeux.
Dans le rouge sacré de ce pagne en armure,
Elle porte un soleil, orange si altière.

Si le vent fatigué emporte cette histoire…
Si le cœur se soumet en ténèbres diaphanes,
La sève des novae fondra sur l’encre verte,
Et droguera la pluie, pour cette larme inerte
Posée, avec amour, sur des lèvres profanes
Engorgées d’univers et d’un feu illusoire.

Mais si le ventre enfouit le rêve, en sa prière
Il se déchirera dans la nuit trop impure…
Feue compagne d’un corps, oublié et trop vieux.
Au tombeau entrouvert, il parlera un peu
De son exil passé dans les bras de Nature,
Où l’éclipse d’un chant anoblit la lumière.

L’étincelle s’en va, me laissant sans mémoire…
Le chemin se dissout en bulles cellophanes,
Et enlace le jour d’un gribouillis alerte.
J’aimerais tant choisir le souffle de ma perte,
Pour laisser l’oripeau d’un regret que tu fanes,
Sans savoir que ma main se meurt, si dérisoire…

© Lunastrelle