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Voici la fameuse série de poèmes sur mon rêve à suite, à propos de cette forêt.
Il faut savoir que j'en rêve depuis que je suis enfant, mais ce n'est qu'au lycée, à mes seize ans, que je tente d'en retranscrire certains. Bien entendu, j'ai continué à rêver de cette forêt malgré le sixième et dernier poème à ce sujet. Je n'ai juste plus jugé bon de continuer à raconter ces rêves à suite. Spiritès, mon méta-projet, en porte l'essence désormais.
Les voici.
La valeur littéraire de ces textes est assez bof, je vous préviens. J'avais entre 15 et 18 ans, et je cherchais plus à retranscrire qu'autre chose.

1. Latence

Mes souvenirs sont imprégnés de brumes lacunaires,
J'en ai rêvé tellement de fois, je l'ai si souvent vue,
Toujours la même, mais toujours inconnue,
Cette forêt, aux sentiers à la clarté luni-solaire.

Laissez-moi vous montrer, vous emmener
Dans mes songes où, récurrente,
Elle apparaît, où au fur et à mesure, vivante,
Elle se métamorphose, dévoile des clairières insoupçonnées.

Je tente de savoir pour quelle raison cette vision
Est si présente dans mes impénétrables chimères,
Je voudrais comprendre ce qu'elle me chuchote comme mystère,
Qu'elle ne me révèle que par images mêlées de confusion.

*

2. Non ordinaire

Une invitation tout d'abord dans ma dernière irréalité
Où j'ai erré, dans ces sentiers familiers, il y a quatre nuits déjà,
La forêt était immergée dans les ténèbres, noyant les éclats
Du soleil, dans mes précédents rêves cela n'est jamais arrivé.

Le lac, désormais lui appartenant depuis mon adolescence,
En ce soir d'encre n'était cette fois brumeux
Mais surnaturel, scintillant de mille feux,
Entouré d'un halo aux formes incarnant l'évanescence.

Je m'approchai de cette nappe liquide argentée,
La lune n'égayant pas ce ciel envahi d'ombres
Je me fondis en elle, se créa une exosmose feutrée,
Je m'éveillai alors, mes yeux clignotant dans la pénombre...

*

3. Un Ange

Un autre rêve réapparut à plusieurs reprises, analogue,
En l'espace de deux ans, j'étais solitaire
Ou accompagnée par des personnes à l'identité imaginaire
Mais qui ne m'étaient pas inconnues, par la vue et le dialogue.

Je me promenais sur un chemin boisé et mon regard
Fut attiré par un lac aux contours indéfinis et à la vapeur lactescente,
Je m'aventurai, le soleil nimbant cette eau miroitante,
Un ange alors apparut, me murmurant d'approcher, dissipant le brouillard hagard.

Il me prenait la main, nous marchions aux alentours de ce lac infini,
Je ne me souviens plus de nos paroles échangées
Mais j'étais rassurée, ses yeux étaient bleus sombre de jais,
Ses cheveux longs argentés ou immaculés, ses vêtements noirs, blancs ou grisés.

*

4. Elle

Il y a trois révolutions*, une fois entrée en ce pays enchanteur,
Une femme au visage indiscernable, aux habits virginaux, vint vers moi.
Elle m'était déjà apparue au tendre âge de sept ans, habillée de cette robe de soie
Dans la maison grand-maternelle, lieu de rêve que me choisit le Tisseur**.

Ce songe-là n'en était que le prolongement, la continuité,
Elle me tendit la main, que je pris, et m'emmena au dehors au clair de lune,
Sur un pont enjambant une rivière côtoyant un cimetière aux modernes runes
Indéchiffrables, et où de nouveau devant nous est présent le bois à l'inconstante entité.

La voûte céleste mouchetée d'astres surplombait cette forêt émeraude
Entourée de brumes argentées, je regardai et me mis à sangloter,
La Dame m'étreignit doucement, "tout va s'arranger"
Me murmura-t-elle, et disparut tout sentiment de culpabilité, de fraude.


 

*

5. Une fuite

 

Depuis trois ans que j'habite ici, beaucoup de songes similaires
Me montraient la forêt, mais ayant emprunté la forme de celle située
Derrière chez moi... Je m'enfuyais de ma maison, une nuée
D'étoiles mouchetaient le manteau des cieux, teinté d'un bleu précaire.

Mon nid fut bâti à proximité d'une rivière
Je la franchissais, à pied ou à la nage, et je grimpais la pente
Précédant les bois, je m'accrochais aux racines, tremblotante,
Surgissait la timide Aube, me guidant de sa lumière.

Je courais alors dans la forêt, redevenue
Comme celle où j'ai tant foulé le sol dormant en paix,
J'arrivais dans une grande prairie, du ciel émergeait
Le soleil... Et alors "on" m'attendait, et mon rêve s'arrêta avant que je n'aie pu...

 

*

6. Disparue

 

Mais où est-elle ? Où est-elle passée ?
Je ne la vois plus, elle a disparu, qu'est-il arrivé ?
À ma forêt ? Pourquoi dans mes rêves embrumés
Je n'ai pas réussi à la retrouver?

C'était une chimère comme celle où, téméraire,
Je prenais la fuite et allais sans hésiter me réfugier
En ce lieu que je commence à connaître et à apprécier
Il faisait jour, par la route j'y allais, mais je n'ai trouvé qu'un cimetière.

J'ai foulé un sol inconnu, il y avait des arbres solitaires, taquinés par une lueur cannelle
Mais cela débouchait sur un cimetière, et au bout une porte
De bois, mais je n'ai pas réussi à la revoir, forte,
J'étais, perdue je suis devenue, Elle n'arborait pas sa forme originelle...

©Lunastrelle (16 ans)